Les idoles japonaises, de l’âge d’or au marketing

Alors que je vis au Japon, je suis aux antipodes de la musique japonaise, industrielle, assourdissante, produit marketing plus que musical – quand le visuel l’emporte sur la mélodie, je me demande où se trouve la musique. Sans doute sévère, je campe néanmoins sur mes positions, rien ne m’ayant jusqu’ici prouvé le contraire. Ce n’est certainement pas les interviews préfabriqués des magazines, les comptes Twitter et Facebook savamment alimentés par des experts en communication, qui me feront croire que les pseudo artistes soient aux manettes. En revanche, il s’avère très intéressant de se pencher sur les phénomènes musicaux propres au Japon, et en particulier les « idoles » (アイドル).

Onyanko Club: un grand groupe réunissant beaucoup d’artistes à l’instar des AKB48

Le courant des idoles est tellement complexe que l’on se sentirait presque face à une science.

De l’enka à l’ère des producteurs

Avant la seconde guerre mondiale, la musique populaire était principalement constituée de musique enfantine ou de folk blues appelé enka, se rapprochant en réalité de ce que l’on appelle chanson française. L’arrivée massive de la culture américaine durant l’après guerre créé un véritablement changement dans la musique japonaise. Dans l’histoire de la musique populaire, on distingue trois périodes: les années 50 et 60 où le rockabilly est roi avec la pop imitant les Beatles, les années 70 et 80 avec les idoles, et enfin, les années 90 jusqu’à aujourd’hui, l’ère des producteurs (je ne l’ai pas inventé !). Le courant idole perdure au sein de la J-pop et se distingue clairement des « chanteurs ».

 Le terme désigne de jeunes artistes (sic) sélectionnés adolescents – principalement sur leur physique, lors d’audition organisées par les maisons de production et agences d’artistes. Le ou la chanceux(se) est alors formé(e) (chant, danse, comédie) et débute une campagne de médiatisation choc. L’idole est exploitée dans les médias à travers de nombreux produits et supports visant un public d’adolescents mais aussi de jeunes adultes (et moins jeunes …). Très médiatisé, l’artiste (sic) est tenu par un contrat à durée limitée et produit jusqu’à épuisement du filon. Beaucoup « d’idols » (les japonais utilisant le terme anglais) ne sont en réalités pas des idoles (ahah): ils n’accèdent pas tous à la célébrité et encore moins à la richesse. Non, c’est bien l’industrie du divertissement qui s’en met plein les poches. Emissions de télévisions, publicités, dramas, porte clef, album photo, comédies musicales … l’idole, qui n’a pas une minute de repos, est en réalité salariée, le salaire dépendant du niveau de notoriété.

Une influence française

Le phénomène a débuté dans les années 60, avec les artistes Momoe Yamaguchi, Amin, Warabe, Pink Lady and Candies. Le terme vient de France, avec le succès  français Yéyé et en particulier, Sylvie Vartan, révélée en 1964 avec le film Cherchez l’idole, succès fou dans l’archipel. Le concept de très jeunes artistes – jusque là pas inconnu au Japon avec des groupes dès les années 40, prend un coup de fouet avec l’astuce des producteurs, reprenant le terme anglais « idole ». Ils produisent le onyanko club regroupant plus de 50 chanteuses dans les années 80.


Momoe Yamaguchi, いい日旅立ち, célèbre et reprise par la compagnie JR 

L’âge d’or perdure jusqu’aux années 80, à partir duquel les puristes du genre considèrent que les producteurs ont dérapé sérieusement du point de vue de la qualité. D’ailleurs à cette époque, les idoles étaient principalement des chanteurs(ses) et produisaient des musiques réellement originales (variantes de ce qui se faisait en Asie à la même époque) et dansaient peu. Les plus célèbres sont toujours aujourd’hui suivi(e)s par leur fans et soutenu(e)s par les maisons de disque rééditant régulièrement de vieux singles.

L’idole se doit de respirer la joie, l’innocence de la jeunesse et d’inspirer la sympathie – ironie du sort, beaucoup font du porno, c’est d’ailleurs le point d’entrée dans le milieu des dramas pour bien plus d’actrices qu’on ne le pense.

Photographie (soft) d’une idole. Il faut me réexpliquer la notion d’innocence et de pureté au vue de la recherche google …

Ahem.

Par conséquent, leurs carrières s’éteignent aussi vite qu’elles démarrent, avec pour la majorité, le manque de succès, ou plus grave, en raison de scandales. Les tabloids nippons traquent les artistes et se régalent de leurs liaisons, dérapages ou encore délits, ternissant leur réputation et les jetant aux hordes de fans exigeants furieux.

Ca semble déjà clair, mais AKB48, je ne peux pas. On est à la limite de ce que je peux admettre à titre personnel comme objet de pop culture, et d’ailleurs ce n’est aucunement surprenant, puisque le groupe, dont j’avais déjà évoqué les ramifications fort complexes, n’existe pas prioritairement pour moi mais plutot pour les garçons en recherche d’une petite copine imaginaire, virginale et disponible. La seule raison pour laquelle on connait « AKB » en France, c’est justement lorsque cela ne s’est pas passé comme prévu. Cette standardisation de la femme s’étend maintenant hors-Japon, puisque la franchise a essaimé avec SNH48 (Shanghai) et JKT48 (Djakarta) où une gamine de 16 ans s’est récemment faite pincer avec un garçon et évincer du groupe.
Claire Solery

Délaissées, les idoles retournent à l’anonymat.

Pourquoi se brûler les ailes pour si peu de bénéfices – sinon ceux d’avoir réussi à être en couverture d’un magazine ? L’espoir de poursuivre une carrière dans le divertissement, en choisissant une voie plus précise : les dramas, le cinéma, la chanson, le doublage d’anime, le mannequinat.

Pour plus de clarté, le terme est mixte, mais en réalité, les artistes masculins sont plutôt appelés les Johnnys, en raison du monopole de l’agence artistique Johnny & Associates

L’âge de la maturité … les idoles ne sont pas des « chanteuses »

Les années 90 arrivent avec un vent de rébellion et les artistes rejettent l’appellation, changent leur image et le courant musical. Namie Amuro, Ayumi Hamasaki … se veulent plus indépendantes et sexy, elles soignent leur image, loin de l’amateurisme classique des « idoles », qui finissent reléguées à faire les génériques de dessins animés.C’est le début de l’électronique, mais aussi de l’influence de la pop américaine.

À la fin des années 90, les idoles ont de nouveau le vent en poupe avec le Hello! Project (à l’image du Onyanko club) avec le groupe Morning Musume au succès énorme, fondé en 1997 et qui compte pas moins de 12 générations de chanteuses. Aujourd’hui, le groupe le plus en vogue est sans conteste AKB48 créé en 2005 et comptant 48 chanteuses et aux règles passablement délirantes.

Parait que ça chante !

Le Japon a beau être un pays de la permanence – voir de l’immobilisme, quand il s’agit de parler business, ils sont très forts pour mettre en marche des machines à sous bien huilées. Le monde de la musique, tombé dans leur main dans les années 50, donne peu de chance à de véritables artistes – créatifs et talentueux, d’émerger au milieu des produits bien empaquetés des maisons de disque et compagnie. Aujourd’hui encore, l’exploitation – avec leur consentement, plus ou moins éclairé – de jeunes artistes en herbe, fait perdurer ce courant musical (sic) très fort au Japon.

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

4 Comments on Les idoles japonaises, de l’âge d’or au marketing

  1. Morning Musume ❤ C'est les seuls idoles que je suis vraiment car je suis fan depuis 2004. Tes photos deux photos du groupe m'ont rendue nostalgique.

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  2. j’ai beau connaitre le coté ultra commercial des idoles, j’ai du mal à m’en lasser… Je ne suis pas une grande fan d’AKB48, mais j’aime beaucoup Morning Musume ❤
    Merci en tout cas pour les origines des idoles que je ne connaissais pas !

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    • Merci d’être passée ! J’ai découvert l’histoire en écrivant sur le sujet, et ça m’a beaucoup intéressée, alors que je n’écoute pas du tout. Vu ce que tout le monde dit des morning musume, j’irai tendre une oreille !

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