Les japonais sont accueillants – Omotenashi

Partir en vadrouille à l’étranger entraine toujours la question de l’accueil reçu dans le pays où l’on se rend. Les japonais sont bien souvent encensés pour leur éducation et leur politesse, et les quelques mauvaises expériences découlent bien souvent de malencontreux malentendus. Le pays du soleil levant est sans nul doute une contrée chaleureuse, où l’on vous prêtera assistance au moindre problème. Certes, il apparait au gaijin souhaitant s’installer que l’attitude des japonais change alors – et l’on s’aperçoit que le sud a plus à offrir que le nord, qu’Osaka est plus amicale que Tokyo, mais pour le touriste, la civilité et l’amabilité des japonais fait partie de cette expérience inoubliable qu’est le Japon. Cette hospitalité est même un concept – omotenashi – être bon envers les autres. Cet article je le dédie à tous ces japonais qui m’ont tendu la main.

“Japanese people are compulsively, touchingly, almost painfully kind and welcoming to foreigners”
~Richard Lloyd Parry –  ’Japan: Three Cities’

La première fois que j’ai mis les pieds au Japon, j’avais tout juste 19 ans, des étoiles plein les yeux et mon petit manuel de japonais facile dans la poche. C’était en 2007. Mais j’ai découvert dès le début de mon voyage, en France, à quel point les japonais débordent de gentillesse.

Ma première rencontre avec des nippons ? Dans l’avion à Roissy. Mon amie et moi, arrivées trop tard au check-in, avions été séparées sur nos billets. À peine la situation évoquée auprès de nos voisins japonais, qu’un branle le bas de combat fut lancé. Tout le monde se passa le mot, tant et si bien qu’on nous arrangea des places côte à côte, au grand dam des hôtesses de l’air (je compatis néanmoins à leur cause!). Ma timidité de l’époque trembla avec émotion face à cette assistance.

L’arrivée à Narita, avec les employés vous attendant tout sourire fut un autre choc, habituée que j’étais aux humeurs parfois moroses de la faune de l’aéroport CDG.

Perdues à l’arrêt des bus, de jeunes salarymen ont essayé de comprendre où nous souhaitions aller, puis, limités par leur anglais rouillés, sont allés chercher une hôtesse d’accueil. Celle-ci de très bonne humeur, nous a alors guidé à la station de train, et nous souhaita un bon séjour.

Plusieurs fois perdues dans Tokyo, nous fûmes guidées par de parfaits inconnu(e)s, ne parlant souvent pas un mot d’anglais, perdant parfois plus d’une dizaine de minute à essayer de nous aider.

Dans un petit musée près de Ueno, les employés nous firent des cadeaux – sans doute en font-ils à tous les touristes qui passent par ce lieu un peu poussiéreux et peu mentionné, mais cela reste un bon souvenir.

Je me souviens, nous nous étions trompées de sortie à Akihabara, et atterissant au milieu de nulle part, nous ne savions plus où aller. Un homme à vélo, retournant à son travail, nous hela sur le chemin. Il parqua son engin devant la petite compagnie où il était salarié, et salua ses collègues, nous pointant du doigt, faisant signe qu’il revenait. Il vint à notre rencontre tout sourire, et grâce à notre petit guide – remplis de signes et de traductions japonais – français toutes prêtes, compris où nous souhaitions nous rendre.

Il nous guida alors dans un Akihabara moins connu, nous montrant des choses à droite, à gauche, parla de Paris – il s’y était rendu plusieurs fois, de son fils – étudiant, et puis avec un sourire un peu intéressé, il nous donna son numéro de téléphone en nous laissant devant une boutique de cosplay sexy. C’était une manière de blaguer, de manière coquine sans doute, mais il fut charmant tout du long.

Nous avons gravi le mont Fujiune histoire abracadabrante à développer plus tard, et sur notre chemin, beaucoup de japonais sont venus nous parler.

Pourquoi êtes-vous au Japon ? Quel âge avez-vous ? Comment trouvez-vous notre pays ? Avez-vous eu des soucis ? Vous voulez partager du thé ? Tenez des gâteaux, si, si, nous insistons.

Un couple de grands parents pétant le feu pique-niqua avec nous, nous donna des biscuits et partagea dans ce paysage incroyable, quelques histoires vacances. Le temps de reprendre notre souffle sur cette montée de plusieurs heures. Lorsque les choses se corsèrent, et quand au lieu de pente, nous eûmes de la roche à grimper, un groupe d’étudiant nous aida – là encore se trouve-t-il un peu l’intérêt du japonais pour la femme française exotique. Ils ne parlaient pas un mot d’anglais – ou faisaient mine, mais nous arrivions à rigoler ensemble – faire le clown est sans doute une communication universelle. J’y repense et je regrette de ne pas avoir gardé le contact.

Cette aventure aurait pu mal terminer – nous nous sommes perdues sur ce fichu volcan. Et sur notre chemin du retour, plusieurs groupes de grimpeurs prirent le temps et la peine de nous dire où aller, de nous donner à boire – jeunettes que nous étions, nous avions été bien mal préparées.

Alors que la nuit tomba – toujours perdues – nous croisâmes un groupe de japonais aussi paumés. Et c’est en file indienne que nous avons trouvé notre chemin, tous ensemble, en discutant dans un anglais approximatif. Nous étions loin de notre point de départ, et c’est dans un petit boui boui de ramen que nous avons attendu le taxi – appelé par les locaux. C’était tenu par une très vieille femme et son fils, et ils nous traitèrent avec respect, bien que rigolant de notre aventure « des gaijins se sont perdus sur la montagne! ».

À Nagoya, tournant en rond pour trouver notre hôtel, une jeune femme très pressée pris le temps d’appeler un taxi, et de lui expliquer notre direction. Il n’était pas si loin, mais nous avions bien cherché pendant une heure.

À Kyoto, nous avons atterri un soir dans un bar un peu caché, avec des filles de notre guest house, le genre d’endroit où vont les étudiants cool. Là encore, nous fûmes accueillies – alors que nous n’avions pas l’âge légal – avec gentillesse et curiosité. Tout le monde avait envie de parler avec nous, de plaisanter en notre compagnie, de savoir pourquoi nous étions au Japon.

À Hiroshima vibre une ambiance un peu spéciale, la population y est d’une tolérance et d’un respect du prochain incroyable. Cette ville marquée par l’histoire s’est reconstruite dans une idéologie pacifiste et sans doute cela joue-t-il dans l’accueil particulièrement fort que l’on y vit. La guest house donnait l’impression de rentrer « chez soi ». Tenue par un couple qui avait un mot pour chaque hôte, nous y passâmes une nuit vraiment agréable.

Parfois le net se moque un peu des japonais – tellement polis qu’ils saluent même les objets ! – mais je crois qu’en matière de politesse ils ont bien des choses à enseigner au monde.

Quelques plaisanteries internet – Source: http://gagnamite.com/a-lesson-in-japanese-hospitality/

Et puis je suis revenue en 2012. J’y ai croisé encore d’autres gentilles personnes. Une coiffeuse qui accepta de me prendre en rendez-vous malgré la barrière de la langue, malgré la crainte des japonais à l’égard des cheveux souples occidentaux. J’ai découvert que le concept omotenashi rythme l’ensemble des services au Japon.

Enfin je vins m’installer sur Tokyo en 2013. Ce ne fut pas toujours facile. S’adapter, communiquer dans une autre langue, trouver ses repères. Parfois le rapport avec les japonais n’est pas évident – la politesse est toujours là, mais lorsque l’on s’installe, sans doute souhaitons-nous « plus ». Je ne suis plus « touriste », je ne suis plus celle que l’on accueille, mais celle qui – d’une certaine manière – doit faire ses preuves avec les locaux en respectant les manières japonaises. Je ne saurais l’exprimer, sans doute est-ce dans une attitude inconsciente…

Lors de mes quelques voyages – Fukuoka, Karatsu, Okinawa, Kyoto, Nara, Nagoya, Ena, Iwamura … – je n’ai toujours croisé que des personnes sympathiques et n’hésitant pas à vous aider. Si la timidité est là parfois, elle est vite oubliée lorsqu’il s’agit d’assister son prochain. Et que dire alors de l’assistance de la police de proximité ?! Prête à se déplacer pour une gaijin paniquée de voir un chaton bloqué sur un balcon ? Oui, oui. Et des gardiens de la bibliothèque de Shinjuku, me saluant avec de grands sourires – je leur rends bien.

Cette photographie est juste extra – source Why we love Japan: http://www.slow-life.co.uk/2011/12/ (Point 3: l’hospitalité)

Toujours est-il qu’un an plus tard, de plus en plus de japonais me témoignent – et je l’ai senti très récemment – de la curiosité et une gentillesse d’une forme nouvelle. Les petits vieux me parlent dans la rue, les caissières s’extasient sur mon sac ou mon porte monnaie – rien qu’aujourd’hui, j’ai mentionné l’avoir acheté à Nagoya et voilà qu’elle me dit qu’elle est née là bas, occasion d’exprimer alors mon admiration pour cette ville. Les vendeuses me demandent si je vis bien ici, et me flattent sur mon niveau de japonais (oui, oui, je sais bien que cela fait partie de leur travail, mais pendant des mois pas un mot de plus que nécessaire). Quelque part, j’ai la sensation « tiens! » que j’ai peut être la chance de vivre un nouvel accueil dans ce beau pays.

 

« The word ‘Omotenashi’ in Japanese comes from omote (surface) and nashi (less), which means “single-hearted”, and also mote (carry) and nashi (accomplish), which means “to achieve”. Therefore, Omotenashi has two meanings, which include offering a service without expectation of any returned favour, and the ability to actualise that idea into an action. ‘Service’ in English is a term that is more likely to suggest a hierarchy between server and customer, and suggests a business relationship. ‘Hospitality’ in English means to make one happy, or to serve one. ‘Omotenashi’ has a similar meaning, but it suggests deeper part of the human consciousness. « 

Le mot Omotenashi vient de omote (surface) et nashi (moins), signifiant d’un seul coeur, ainsi que mouvoir (déplacer) et nashi (accomplir), ayant alors la signification « réaliser « . Par conséquent, Omotenashi a deux significations proposer un service sans attente de faveur en retour, et l’habilité à réaliser cette idée en agissant. «Service» en anglais est un terme qui est plus susceptible de suggérer une hiérarchie entre le serveur et le client, suggèrant une relation d’affaires. «Hospitalité» signifie en anglais rendre heureux ou servir. «Omotenashi» a un sens similaire, mais il suggère une partie la plus profonde de la conscience humaine.

 

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

11 Comments on Les japonais sont accueillants – Omotenashi

  1. Merci pour le partage de ton expérience… 🙂 Cela me donne très envie de voyager à nouveau au Japon!

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  2. Je les aurais pensés plutôt froids, merci pour cet article !

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    • Je comprends parfaitement. Le décalage culture et la gestuelle pourrait faire penser cela (absence de contact physique, moins d’expressions, timidité). Mais dans les balades et vraiment en campagne, tu peux vivre des moments fantastiques de contact avec des japonais qui tellement envie de partager une conversation.

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  3. C’est vraiment l’un des cotes sympas du Japon !

    Aimé par 1 personne

  4. Avec mon mari on aime plaisanter et dire Omotenashi nashi! Quand on remarque un comportement grossier . Il faut dire que ca se voit vite , genre les gens aux places speciales qui font semblant de dormir , ou d ignorer les personnes agees, enceintes , ou avec bebe en porte bebe. Ou ceux qui crient sur les employes quand ils sont pas contents. Ca me marque plus au Japon qu’en France car effectivement ici la politesse ambiante fait presque tourner la tete!

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    • Ahah, je retiens l’expression !

      Effectivement, malgré une politesse ambiante, des malotrus existent partout. Dans le métro cela me choque plus particulièrement, car j’ai effectivement vu des femmes avec porte bébé être ignorées des passagers assis. C’est un peu facile de fermer les yeux.

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  5. C’est un très bien article où on ressent très bien tes émotions vis à vis des gens qui t’ont aidé. La vidéo à la fin est excellente avec les japonais qui ont du mal à définir Omotenashi.

    Ton article m’a fait penser à mon année aux Etats-Unis. Avoir de parfaits inconnus qui passent devant toi et te disent « joli tee-shirt », « où as-tu acheté ton manteau ? » ou bien encore qui te demandent si ils peuvent t’aider quand ils te voient avec un plan de la ville. Ça m’a beaucoup manqué à mon retour en France. Et le Japon est un pays qui m’attire notamment pour la gentillesse des gens.

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  6. Complétement d’accord 🙂
    Les japonais s’attachent également trés vite, j’ai découvert ça lorsque j’ai quitté le pays. J’ai reçu de nombreux cadeaux et même de l’argent de diverses personnes que j’ai rencontré là-bas !

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  2. Japanese hospitality – Omotenashi | Amelie Marie in Tokyo

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