9 nouvelles habitudes dans ma vie d’expatriée au Japon

C’est un fait, lorsqu’on part vivre à l’étranger pour une longue durée – ou une durée indéterminée, on s’adapte plus ou moins consciemment aux habitudes locales. Après avoir lu le génial article de fromsidetoside, et ses 20 nouvelles habitudes d’expatriées aux États-Unis – entre s’y retrouver dans le système de santé, s’adapter aux rythmes américains, et l’habillement, j’ai réalisé que le Japon a petit à petit déteint sur moi. Je l’avais déjà évoqué dans mon bilan d’une année au Japon, et dans 10 raisons d’aimer le Japon, mais certains points méritent un arrêt sur image !

1 Toujours payer par cash

Alors que le Japon est ultra moderne et qu’on s’attendrait presque à pouvoir payer avec un scanner rétinien, il vous faut ranger votre carte de crédit, au profit de liasses de billets dans votre porte-feuille. Moi qui étais habituée à tout payer par carte – et à gérer mes comptes en ligne, j’ai été très déboussolée au départ. S’ils ont moins de 100 euros sur eux en billets, les japonais ne sont pas à l’aise et c’est le rush aux distributeurs automatiques pour faire le plein avant la fermeture des banques et / où le changement de tarif horaire de retrait. Car oui, on paye une commission pour retirer de l’argent au Japon, sur la plupart des distributeurs.

C’est à peu près ça … en yens !

2 Ultra consommation

En France, je faisais du shopping par crise – le moment des soldes était la cristallisation de mois d’attente pour me lâcher sur les bonnes affaires, un peu trop parfois. Le Japon a fait de la société de consommation un art imbattable ailleurs. Tout est fait pour vous inciter à dépenser de l’argent, et plus je comprends le japonais, plus je deviens sensible aux publicités. Après une dizaine de jours à courir après le sac parfait – une idée fixe surgit de je ne sais où – j’ai réalisé avec stupeur, que dans tous les rayons ce type de sac venait d’être mis en vente et que déjà pas mal de japonaises le portaient à leur épaule. Les horaires d’ouverture étendues, l’abondance de boutiques même aux endroits improbables – y compris au sein des grandes stations de métro, les galeries commerciales, le très bon agencement de l’espace des boutiques, font que sans y prendre garde on peut tomber dans la consommation à outrance.

3 L’abus de boissons énergétiques

Bien que soucieuse de ma santé, et faisant attention à l’alimentation industrielle, mon rythme de vie nippon m’a forcée à faire des concessions. Malgré mes semaines aléatoirement chargées ou non selon le nombre de leçons de français que je donne, je tiens à être active. Entre le sport quotidien, les leçons de français, les leçons de japonais et la préparation du test de décembre, sans compter mes activités plus personnelles – me former dans le milieu de la communication, préparer une possible reprise d’études, je suis facilement sur les rotules dès la mi-journée. Tokyo est par ailleurs une ville très stimulante, toujours active, même au coeur de la nuit, et cela finit vite par influencer votre horloge personnelle ! Au Japon, on glorifie l’accumulation des heures de travail – l’efficacité n’est d’ailleurs pas forcément au rendez-vous – et l’industrie des suppléments alimentaires se frotte les mains: les rayons regorgent de petites fioles miraculeuses, sortes de potions de vitalité, adaptées pour tous les profils – salarymen, étudiants, femmes (bouteilles aux tons roses et colorés). Je prépare d’ailleurs un article sur le sujet, ayant décidé de tester celles que je peux trouver … avec plus ou moins de succès. Bref, lors des journées les plus dures, je me dope. 

Tout n’est pas pour l’énergie, mais j’ai testé quasiment toutes ces petites bouteilles … source: http://musicmaiden563.wordpress.com/2013/04/09/japanese-food-a-k-a-what-ive-been-searching-for-my-whole-life/

4 Regarder la météo tous les soirs et tous les matins

La météo au Japon, c’est toute une affaire, surtout lors du passage de l’été à l’automne, et du printemps à l’été. Ce sont ces périodes humides, où les températures jouent aux montagnes russes, et les nuages à cache-cache avec la pluie. Un bon indice ? Si les japonais ont un parapluie au bras, c’est qu’il va pleuvoir. Votre application high tech sur votre Iphone ou Android aura beau clamer le contraire, rien n’est plus sûr qu’un japonais et son parapluie comme indicateur de pluie. L’inverse est aussi possible ! Les jours de soleil de plomb, beaucoup de japonaises auront … une ombrelle ! Pour se protéger des méchants UV. Je n’ai pas de bol, je suis une française avec un mélange breton – normand – suisse, et en prime, des ancêtres roux. J’ai une peau qui crame au soleil, ne supporte pas l’humidité et je suis très sensible à la chaleur. En fait, le Japon pourrait être mon enfer personnel si je ne prenais pas quelques précautions. Vérifier la météo régulièrement me permet d’anticiper les fringues du jour (et le parapluie, l’ombrelle, la crème solaire ou au contraire le déodorant de poche …).

5 Courir pour arriver à l’heure

Comme fromsidetoside confrontée à la ponctualité américaine, j’ai dû faire avec la ponctualité japonaise – ces deux nations s’entendent d’ailleurs très bien pour dire que les français sont pénibles avec leur quart d’heure de retard national. Arriver à l’heure, c’est déjà être en retard. Or moi … malgré ma bonne volonté, j’ai encore du mal à ajuster (un jour, j’arriverai à porter une montre, un jour). Alors il m’arrive fréquemment de me presser, voir de courir pour arriver à temps. Pour mes cours de français, j’ai adopté une technique simple: arriver une demi-heure avant dans le café, ou dans la zone de rencontre. Quitte à faire du lèche-vitrine, finir un livre ou étudier le japonais. Car arriver après l’élève est un très mauvais signe pour votre popularité. Mais il semble que le retard soit inscrit dans le gène du français, et je n’arrive pas à m’appliquer lorsqu’il s’agit de rencontre amicale.

Toujours à l’heure ! source: http://kacrek.com/omataseshimashita.html

6 Me mettre à poil devant les autres

Un peu provoc’ ce titre, mais tellement vrai. Que ça soit aux bains publics, aux vestiaires de la salle de sport ou de la piscine, ou encore au spa, le corps s’affiche nu, sans complexe, devant les autres. Pour beaucoup d’étrangers, c’est vraiment difficile. Pour moi ça a été une révélation et une libération. Non vraiment. Plus de pudeur, plus de complexe – pourtant le corps si mince des japonaises aurait de quoi me faire sentir mal. En fait, le corps sans vêtement n’offre plus de concurrence et c’est un moment que j’adore, d’autant que ces espaces sont souvent très mignons, plein de produits ou d’accessoires pour s’occuper de soi – coton, produit démaquillant, lotion, siège massant, sèche cheveux etc … C’est aussi l’occasion un peu étrange de papoter avec votre voisine curieuse de voir une étrangère dans les parages. J’ai pris l’habitude dès la première fois que j’ai mis les pieds aux bains d’à côté de chez moi.

7 Avoir le portable greffé à la main

C’est le mal moderne, que de ne plus se séparer de nos téléphones portables, n’ayant plus rien du téléphone, et tout de l’ordinateur (je ne parle même pas de cet horrible néologisme, la « phablette »). Mais au Japon, c’est particulièrement violent. Où que vous posiez le regard dans la rue, les restaurants, les magasins, les transports en commun, les smartphones sont les rois. Dans une ville où plusieurs millions d’êtres s’entassent, et où la proximité est inéluctable, le petit écran offre un échappatoire à de multiples instants gênants: coller dans le métro, croiser un regard dans la rue, la solitude au restaurant (ou pas!). Même dans les salles de classe, le portable occupe l’attention, et je pense que n’importe quel asiatique sauverait son portable en priorité en cas de cataclysme. En France, j’étais une utilisatrice normale de la bête. Bien sûr, allez définir ce qui est normal, tant la technologie change et nos habitudes aussi, mais disons que je pouvais l’oublier, là dans un coin de mon sac, et passer des heures sans. Depuis le Japon, c’est simple, j’ai fait une tendinite du pouce droit, qui a du mal à se soigner – je n’arrive à ne pas l’utiliser dans les moments les plus craignos. C’est ce qu’on appelle la maladie du SMS.

8 Prier pour ne pas avoir de problèmes de santé

Bien qu’enfin couverte par l’assurance nationale de santé japonaise, je touche du bois pour que rien ne m’arrive. Entre les horaires incompréhensibles des hôpitaux – bien souvent fermés le week-end et fonctionnant de 9 à 18h, la difficulté d’avoir des rendez-vous avec n’importe quel médecin, et de manière générale une application de la médecine assez étrange (c’est dans votre tête madame), je n’aime pas particulièrement avoir affaire avec les services de santé japonais. D’ailleurs à moins d’être à l’article de la mort, personne ne songerait à se rendre chez le praticien. Au Japon, on endure. L’article de Koichi sur les visites médicales au Japon est d’ailleurs hilarant (en anglais).

J’ai eu une prescription pour un problème de santé sans même avoir passé plus de 3 minutes dans le cabinet, et le médecin ne m’a même pas regardé. Source: http://www.tofugu.com/2010/01/22/in-japan-you-visit-a-scary-japanese-doctor-12-times-a-year/

9 Accepter l’immuable

Les nippons sont retors face à tout changement, quand bien même celui-ci serait logique et prouvé par A+B. Ah ! Le Japon pays de traditions ancestrales ayant su conserver son identité. Le Japon est tellement stable que n’importe quelle procédure devient laborieuse, douloureuse et le changement demande un effort digne des 12 travaux d’Hercule.

D’ailleurs si le Japon fonctionne si bien et si on peut se glorifier de trains à l’heure chaque jour, d’un service clientèle de première classe, de travaux et de livraisons toujours pile à l’heure sans crise, c’est bien parce que le pays vit au rythme de trillions de normes et standards. Comme disait Dolly Parton, « si tu veux l’arc-en-ciel, tu dois accepter la pluie ». Eh bien au Japon, il faut avoir l’imperméable, les bottes, le parapluie, voir une tenue de rechange. Quand il pleut, ce n’est pas à moitié.

Ouvrir un compte en banque ? Même avec les formulaires remplis en avance impeccablement en japonais, votre carte de séjour valide, votre passeport, des factures récentes vous liant à votre domicile, des photos d’identité, un certificat de naissance, un avocat, votre patron, que sais-je encore, un moine bouddhiste, se portant garant pour votre identité, sans votre hanko, un sceau-tampon-encreur associé à votre personne utilisé pour les documents officiels, votre dossier ne sera pas pris. Parce que c’est les règles.

Try to explain to your boss that a return plane ticket actually works out cheaper than buying a one-way and that your company could save money by bending the rules this once, and you’ll be agreed with and then immediately told “no”. Because it’s the rules. Suggest a minor change at work and the bosses who’ve “done it this way for years” will suck air through their teeth while coworkers squirm awkwardly in their seats wishing you hadn’t made a fuss. When it comes to Japan, change does not come easily – and not without vast amounts of paperwork and hoops jumped through – be it in the government or working life, and people often view those who try to affect it as individuals to be wary of as they aren’t pulling in the same direction as everyone else. They say that if the West invented bureaucracy then Japan perfected it. We don’t know who “they” are, but they’re right.

Essayez d’expliquer à votre patron qu’acheter un billet aller retour est moins cher qu’un aller simple, et que cela permettrait à l’entreprise des économies, immédiatement on vous répond « non ». Parce que ce sont les règles. Suggérer un changement mineur au travail, et vos chefs, qui ont ainsi fait pendant des années grinceront des dents tandis que vos collègues se tortilleront maladroitement sur leurs sièges, souhaitant que vous vous soyez tus. Quand il s’agit du Japon, le changement ne vient pas aisément, non sans documents, et figures de cirque, que ce soit par le gouvernement ou dans votre vie professionnelle et les gens considèrent souvent ceux qui tentent d’influencer le changement comme des personnes dont il faut se méfier, n’allant pas dans le même sens que tout le monde. On dit que si l’Occident a inventé la bureaucratie, le Japon l’a rendu parfaite. Nous ne savons pas qui est ce « on », mais ils « ont raison ». 

10 choses que le Japon fait vraiment très mal 

Il faut alors périr, ou accepter cet esprit japonais !

 

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

4 Comments on 9 nouvelles habitudes dans ma vie d’expatriée au Japon

  1. Super cet aperçu des changements que tu as du faire, consciemment ou pas! Mmm sympa les hopitaux qui ont des ouvertures de bureau. Ah non madame désolé vous vous êtes fracassée le tibia à 19h c’est trop tard!

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  2. Hâte de lire ton article sur les boissons énergisantes, savoir si elles fonctionnent, et leur efficacité par rapport au thé/café ^^

    Et pour la météo, la question ultime : du coup, comment font les japonais pour toujours savoir quel temps il fera ?

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    • Je finirai le tour de la question d’ici une semaine je pense xD j’évite d’en boire plusieurs par jour.
      Je suppute que ça soit dans leurs gènes. Il y a une autre technique: regarder si les femmes ont étendu le linge et les futons le matin.

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  3. he sympa d’avoir pris exemple sur mon article .. j’adore .. parce-que effectivement au Japon, il doit y en avoir des changements de mentalités et habitudes de vie … presque plus qu’à Taiwan, où j’avais passé 3 ans et demi..

    Aimé par 1 personne

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