J’ai obtenu le graal: le statut d’épouse de japonais

Youpi ! Ma nouvelle carte avec une tête de déterrée (on doit avoir les cheveux derrière les oreilles, pas de maquillage, pas de sourire, le visage le plus neutre possible ...)

J’avais abordé le début de mes aventures administratives au Japon au début du mois d’aout: mariée à un japonais, il ne me manquait plus qu’à demander un changement de statut de résidence, passant du Working Holiday Visa à celui de visa de conjoint. Le Japon est un pays qui a perfectionné l’administration au point de non retour. C’est peu dire qu’assembler tous les formulaires, documents et actes administratifs demande une bonne organisation, des nerfs et une patience infinie.

Ayant déposé le bébé – pardon, le dossier, le 5 août, deux chronomètres étaient lancés: le premier, les 30 jours durant lesquels l’administration est sensée fournir une réponse (oui / non), les 40 jours à partir de la fin de mon visa. Celui-ci, valable jusqu’au 22 août, allait donc prendre fin durant la procédure. J’avais calculé le coup ainsi, car cette procédure (oh joie) je vais devoir la recommencer l’année prochaine. Autant profiter jusqu’au bout de mon premier statut.

Fin août, je commence à grincer des dents, mais en plein milieu du mois le Japon a célébré le O’bon, une fête traditionnelle durant laquelle une partie du Japon tourne au ralenti, voir prend des vacances.

Début septembre, je suis dans le déni. Si ça ne vient pas dans 2 jours, j’appelle. Bon, allez, encore 2 jours. Je reçois un courrier (youpi, mais non) me demandant … de confirmer ma domiciliation. D’accord. Mon adresse est écrite sur à peu près tous les documents, mais quand je vous disais qu’au Japon, pour obtenir un document, il vous en faut trois, signés, tamponnés, vérifiés et vieux de moins de 6 heures … Je me rue à la mairie, je remplis un formulaire de demande pour obtenir mon attestation de résidence (notez qu’il faut que je remplisse un papelard pour en avoir un autre, pour …) et je le renvoie même pas 24 heures après cette demande de document complémentaire. Sur la carte, la liste est d’ailleurs très, très longue, et je suis heureuse de n’avoir pas autre chose à fournir.

Une semaine passe. Puis une autre. Je farfouille dans mes documents et retrouve mon autorisation d’extension de séjour. Je fais le calcul, et percute que dans une semaine, je deviens migrante illégale. Je lis les petites notes:

  1. Si le délai de 30 jours est passé sans réponse de l’administration, vous devez prendre contact avec celle-ci. 
  2. Passés les 40 jours d’extension de votre visa, sans réponse sur votre dossier, vous entrez dans l’illégalité. L’administration peut à tout moment déclarer votre expulsion du territoire. 

Évidement, bonne nerveuse que je suis, j’entre en mode alerte rouge. Je m’explique maladroitement en japonais auprès de mes (adorables sauveurs) beaux parents nippons, qui ont appelé au plus vite les bureaux de Shinagawa.

« Cool raoul*, l’enquête est finie**. On envoie la réponse immédiatement. »
(*connaissant le sérieux des japonais, c’est bien évidement un dialogue SF).
(**Enquête ? Hein, passons. Ce n’est pas trop tôt)

Il vaut mieux, c’était jeudi, et je devenais une criminelle le mercredi suivant. Le vendredi je ne suis pas chez moi et je suis très impatiente en rentrant en début de soirée, sachant que j’allais forcément avoir reçu la réponse de l’immigration dans ma boite aux lettres.

Et là, le suspens. 

 

Je me pète un ongle sur mon ouverture de boite aux lettres (effet coffre fort), et je trouve. Un avis de passage de la poste. UN AVIS DE PASSAGE DE LA POSTE. Merde.

Il faut savoir que lorsque vous déposez un dossier à l’immigration japonaise, vous remplissez une petite carte postale avec votre adresse, celle-ci indiquant quand vous devez repasser pour obtenir votre sésame et avec quels papiers. Sinon, vous recevrez – en recommandé – un avis de refus ou une demande d’entretien, pour poursuivre une enquête sur votre profil et votre couple.

J’ai beau avoir cherché sur Google (français, anglais, et apparemment heureusement que je ne suis pas allée farfouiller en japonais … ), personne n’a jamais eu la petite carte en recommandé. C’est bien ma veine, entre moi et mon japonais maladroit, le Nippon parti en Ingushetia (une République de la Russie entre la Tchétchénie et la Géorgie), j’ai l’air bonne pour passer au grill des officiers japonais – et ils ne rigolent pas.

Il me faut attendre le lendemain pour savoir quel horrible document je vais recevoir. J’en suis déjà à consulter les cabinets d’avocat spécialisé  dans l’immigration, je lis des histoires horribles de couple déchiré par une administration sans coeur (c’est à peu près le même processus stupide qui vous pousse à aller sur doctissimo lorsque vous avez un truc bizarre. À 90% on vous annonce votre mort certaine dans les prochaines 48h).

J’ai passé une nuit fantastique à rêver que je ratais le passage du facteur. À 7h pétantes je suis debout. Les heures défilent, j’ai pourtant demandé au service automatique de programmation de livraison (j’adore le Japon) de passer dans la matinée (comment ça 11 h c’est encore le matin ?!). À 11h30 l’interphone sonne.

Je me liquéfie. Le facteur sort de l’ascenseur et me tend … une carte postale. Qu’ils sont rigolos à l’immigration japonaise ! Dessus est indiqué d’apporter le passeport, ma carte de résidente, cette carte postale et 4000 yens sous forme de timbre fiscal (une autre joyeuseté de l’administration japonaise, croyez moi, ce timbre est très – trop – fréquemment utilisé). Je n’ai alors aucune idée de ce qu’est un Shyûnyûinshi (収入印紙, しゅうにゅういんし) mais je danse de joie. J’ai jusqu’au 3 octobre pour aller aux bureaux de Shinagawa, au comptoir D5 (qui n’existe toujours pas, et qui s’appelle en réalité « Sôdan » (相談、そうだん) – conseil ).

Je m’y rends le lundi matin en me disant qu’a priori, il n’y aurait que peu de monde. Erreur, mon cher Watson, erreur. Heureusement pour moi, la queue de bien 150 personnes est pour le dépôt des demandes, et non pas pour le retrait (encore que la salle d’attente soit très bien remplie). J’achète mon timbre au conbini du rez-de-chaussée, ayant une file spéciale pour cet item (j’adore le Japon). Je prend un ticket d’attente, et après 4 personnes, je tends tous les documents, signe une preuve d’achat du timbre fiscal et je retourne m’asseoir.

Une petite demi-heure plus tard, un malheureux employé essaye de lire mon nom. Je ne sais pas pourquoi, j’ai su avant même qu’il ouvre la bouche que c’était pour moi, tandis qu’il essayait de déchiffrer mon passeport:

 » … Furansu … hm … Llll…lé Bue…fuu… »

Je me suis précipitée pour lui éviter plus de souffrance, et on s’est marré tous les deux. Il me tend mon ancienne carte de résidence, assassinée d’un coup de poinçon, et ma nouvelle carte, que je dois vérifier. Hourra ! Sur mon passeport, rien n’a bougé (autant dire qu’il ne faut pas perdre cette fameuse carte d’identité japonaise).

Au revoir bureaux de Shinagawa ! À dans 11 mois !  

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

25 Comments on J’ai obtenu le graal: le statut d’épouse de japonais

  1. Youpi youpi ! C’était girigiri mais je suis trop contente pour toi !
    Sors le champagne !
    Mais ils t’ont pas mis ton nom de famille japonais sur la carte (à mois que tu n’ai pas changé de nom) ?

    Mince je veux me marier xD

    Aimé par 1 personne

    • Alors figure toi que pour changer de nom c’est l’ENFER SUR TERRE.

      Il ne faut SURTOUT pas le faire avant de demander le visa d’épouse pour la première fois (j’ai lu que ça avait créé de gros gros problèmes pour des épouses étrangères).

      Avec la France, ce n’est apparemment pas possible, je te retransmets la réponse obtenue de l’ambassade:

      « Dans l’état civil français, vous ne pouvez pas changer de nom de famille et conserverez donc votre nom de naissance. Par contre vous pouvez utiliser le nom de votre époux comme nom d’usage.

      Je vous invite le site du Service Public concernant cette procédure : http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F868.xhtml « 

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    • Salut Amélie-Marie,

      J’ai découvert ton blog ce week end complètement par hasard en navigant sur expat blog, étant bloggeuse moi-même j’aime bien lire d’autres blogs.

      En plus je trouve que dans la section Japon, qui ne m’intéresse d’ailleurs pas particulièrement à la base, les blogs sont assez qualitatifs. J’aime bien celui, de mon homonyme Béné, celui d’Agnès et de Dibat, mais j’avoue que j’ai trouvé le tien particulièrement intéressant, très varié, très fouillé, extrêmement bien écrit et cerise sur le gâteau, sans fautes.

      Bref je me suis fait l’intégrale (y compris section Turquie, Russie et Ouzbékistan) dimanche matin dans mon lit depuis mon Ipad et tu peux désormais compter une lectrice supplémentaire !

      Béné Australie

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      • Olalala, c’est trop gentil !

        Merci beaucoup de ce retour qui me va droit au palpitant ! Je vais de ce pas découvrir Bene « en Australie » (un pays pour lequel j’ai longtemps hésité à faire un WHV, mais la vie en a – pour le moment – décidé autrement). C’est vraiment drôle cette coïncidence d’homonymie.

        Merci encore !!

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  2. Roh la galère! Bravo en tout cas! Les pays avec les administrations ++++ devraient parfois essayer de faire une fois les chemins demandés… Ils verraient que c’est n’importe quoi!
    A+
    Karine

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    • Merci beaucoup (j’adore ton pseudo !).

      Et oui ! Si seulement les mecs – derrière les bureaux là, oui oui, on vous voit – qui inventent toutes ces procédures les testaient aussi, hein, peut être qu’ils auraient moins d’idées fendardes pour nous torturer ^^. Je pense qu’en France c’est même limite pire que le Japon.

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      • Merci 🙂 Aux USA en tout cas c’est le meme bordel… Pour louer un appart il faut un compte en banque mais pour ouvrir un compte en banque il faut une adresse fixe aux us (pas hotel, pas logement temporaire…)

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  3. yaaaaay félicitations! ça a été le parcours du combattant mais tout est bien qui finit bien 🙂

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    • Merciiiiii

      J’espère (vraaaaiment) que l’année prochaine j’aurai un travail. Ça irait beaucoup plus vite avec une feuille d’impôt (« oh bah elle paye, c’est bon les gars, on tamponne ») ^^.

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  4. Félicitations pour le visa (et d’avoir survécu au stress de l’attente) !

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  5. oh chouette nouvelle, congratulations, roh j’imagine ce stress mais tu dois être si contente et soulagee, allez hop Champagneeeee

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  6. Toutes mes congrat’s et… Champagne ! 🙂

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    • Merci ! Gros soulagement, je me voyais déjà embarquer à l’aéroport xD (ils t’emmènent de force, prennent ta carte de credit et payent avec pour le premier avion – quand tu as de la chance d’être occidental, sinon c’est Manu militari renvoyé par bateau dans le sud de l’Asie/ l’Afrique).
      (Peut être aussi par avion, mais par bateau, c’est un interprète japonais qui me l’a dit).

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  7. Ah ah ! Le réflexe doctissimo du mariage… je t’assure que pour les couples franco-sénégalais y’en a de bonnes aussi !!! Sympa ton article merci 😉

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    • Merci !
      Ça ne m’étonne pas ! Dès que tu sors de l’Europe, ça devient un parcours du combattant d’établir des papiers. C’est aussi terrible les préjugés administratifs fondés sur les nationalités. Si je n’étais pas française, mais russe ou philippine, ça ne se serait pas passé aussi simplement…

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  8. Félicitations…je suis passée à peu près par les mêmes étapes (avec moins d’attente quand même, il faut l’avouer), en changeant de statut en France (Malgache qui épouse un Français)…les démarches administratives sont pénibles…

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  9. ça c’est une super nouvelle !!!!!!! Toutes mes félicitations madame l’épouse japonaise 🙂
    (Que de stress … brrr :x)

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  10. C’est bien romancé et pas simple, néanmoins comparé à la France et surtout en région parisienne, les démarches et organisation au Japon sont drôlement simples et confortables.

    Pour ma femme, en France, c’est une galère pas possible tous les ans, surtout quand on devait aller sur Bobigny (93), car rajouter à tout le bordel administratif, aux démarches et papiers à fournir, il fallait se lever à 4h, être sur place avant 5h, faire la queue dans le froid, sous la pluie le cas échéant, juste pour essayer d’avoir un des tickets disponible pour déposer son dossier…

    Pour un(e) japonais(e) en France c’est carrément plus choquant de subir tout ça, que pour un étranger au Japon.

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  11. C’est bien romancé et pas simple, néanmoins comparé à la France et surtout en région parisienne, les démarches et organisation au Japon sont drôlement simple et confortable.

    Pour ma femme, en France, c’est une galère pas possible tous les ans, surtout quand on devait aller sur Bobigny (93), car rajouter à tout le bordel administratif, aux démarches et papiers à fournir, il fallait se lever à 4h, être sur place avant 5h, faire la queue dans le froid, sous la pluie le cas échéant, juste pour essayer d’avoir un des tickets disponible pour déposer son dossier…

    Pour un(e) japonais(e) en France c’est carrément plus choquant de subir tout ça, que pour un étranger au Japon.

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    • Merci de ton passage et de ce témoignage.

      Oui, pour moi c’est une évidence que le Japon reste plus simple par rapport à la France. Disons qu’ils sont réglo au niveau organisation, alors que j’ai entendu des histoires pas possible sur les procédures françaises.

      Loin de moi donc l’idée de dire que le parcours japonais est horrible, mais il offre ses petites embûches et la perspective d’être en galère de vie n’est drôle nulle part.

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  12. Hello,

    excellent ton article mais quel stress ! je suis impressionnee ! bravo pour ton blog

    Aimé par 1 personne

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