J’apprends le japonais

Et j'en bave

Passée notre glorieuse jeunesse et sa faculté de mémorisation éléphantesque, il n’y a pas à dire, apprendre une langue étrangère devient un challenge de longue durée, nécessitant acharnement, répétition et logique. Mais la clef fondamentale reste une motivation sans faille, sans laquelle vos manuels Assimil finissent vite au grenier (dans la cave, en presse papier ou à caler votre armoire). Depuis presque deux ans, j’apprends le japonais, et j’en bave. L’heure du bilan.

Modeste collection de manuel de faux débutant à intermédiaire avancé, à la vue de laquelle, je me demande au fond, si apprendre une langue ne tient pas du masochisme entre la maltraitance de son cerveau et de son porte monnaie ...

Modeste collection de manuels, de faux débutant à intermédiaire avancé, à la vue de laquelle, je me demande au fond, si apprendre une langue ne tient pas du masochisme entre la maltraitance de son cerveau et de son porte monnaie …

Les bases du japonais sont relativement aisées à apprendre, si tant est que vous soyez un joyeux volontaire dans cette aventure. Les syllabaires – et non alphabet, car cette langue est fondée sur des syllables – (et oui, il s’en compte 2 !) hiragana et katakana, 46 caractères chacun, se mémorisent vite avec de l’entrainement, tandis que les premiers kanji, ces caractères empruntés aux chinois, sont source d’excitation et d’émerveillement (« oh », « ah », « mais c’est bien sûr ! »). Je vous rassure, ils vous attendent au tournant, avec des traits d’une complexité difficile à intégrer pour qui n’a pas grandi dans une culture d’idéogramme. Strictement parlant, votre apprentissage peut prendre deux chemins: celui de la communication orale, auquel cas, la mémorisation des tracés n’est pas une priorité, ou celui d’une véritable maitrise de la langue (attention, risque de danger pour la santé). J’oscille chaque jour un peu entre les deux.

Petite démonstration de l’évolution des idéogrammes de kanji simples – source: http://www.languagetrainers.com/

J’ai appris le japonais seule, au tout début. Avec mes petits manuels français (depuis longtemps jetés à la poubelle, en raison de leur nullité sans pareille), je tirais la langue en griffonnant des pages et des pages de cahiers avec mes exploits de l’époque. Innocente que j’étais.

Nous allons d’abord constater que le japonais :

  1. n’a pas d’article, (défini ou indéfini)
    • inu (犬) signifie le chien/un chien
  2. n’a pas de genre, (féminin/masculin)
    • inu (犬) signifie : un chien/une chienne
  3. et enfin n’a pas de nombre. (singulier/pluriel)
    • inu (犬) signifie : un chien/des chiens

Source: Wikipédia, grammaire de japonais

Je suis rentrée à l’école Toshin un mois après mon arrivée, en niveau faux débutant. Malgré une expérience en demi teinte, je suis tout de même reconnaissante de ces 3 mois, où j’ai pu au moins solidifier les bases (sauf pour les idéogrammes – quand je vous dis qu’ils attendent au tournant …).

J’ai passé mon premier test de japonais, avec le controversé JLPT (japanese language proefficiency test) à 5 niveau (5 étant le plus faible, 1 le plus fort). En décembre 2013, le niveau 4 en poche, je ne pouvais toujours pas suivre une conversation réelle. C’en était frustrant, et le cap était dur à tenir.

Tel un naufragé, j’entrepris de me préparer au niveau suivant en solitaire. Mon sac bourré à craquer de manuels (je suis manuel-holic), je me rendais fidèlement à la bibliothèque pour enfant de Shinjuku. Studieusement, je traçais mes caractères, apprenais mes listes de vocabulaire et m’entrainais au shadowing (écoute – répétition) tout en m’essayant aux livres pour enfant. Préparer le test N3 me donne un horizon, un challenge me poussant à étudier, coûte que coûte.

AHAHAHAHAH, vient l’heure des antidépresseurs – source: http://nihonshock.com/2009/10/crazy-kanji-highest-stroke-count/

Si la grammaire, pourtant si éloignée de la nôtre, ne me pose pas de soucis outre mesure, question vocabulaire, je vis dans un désert aride. Je me suis décidée à m’inscrire à une autre école, beaucoup plus chère, Iidabashi language school, devenue depuis, Coto language academy.

J’ai découvert la joie de pratiquer le japonais dans des classes de 5 à 6 personnes, avec des professeurs sympathiques et compétents, et mon envie de communiquer remonte. J’apprends des listes de mots que j’anônne quotidiennement. Les entrainements au test sont rudes, et le jour du test blanc, je ressors le cerveau retourné comme un flamby. J’ai navigué tout le long du test dans une semi-obscurité, cochant mes cases à coup de devinettes (sauf la grammaire, elle, je l’aime bien).

J’achète plus de manuels, que je potasse à moitié concentrée, un oeil rivée sur un épisode de drama, ces séries télé japonaises. Je deviens un robot multifonction, une liste dans la main, j’écoute jour et nuit du japonais. On a vu mieux en terme de concentration, mais le fait est que ça fonctionne, puisque le jour du test, je m’en sors sans trop de dégât.

Manuels divers, du shadowing en passant par la prononciation, à la compréhension de la presse

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Un aperçu de tous les manuels potassés pour mes tests: grammaire, kanji, vocabulaire, lecture et écoute

Un aperçu de tous les manuels potassés pour mes tests: grammaire, kanji, vocabulaire, lecture et écoute

Le 26 août 2014, je suis la fière détentrice du niveau 3 du JLPT, et je baragouine de mieux en mieux. Par contre, les kanji rentrent par une narine et ressortent par la pointe des cheveux, et je me bataille avec mes listes de vocabulaire. L’école ? Oui, mais en cours particulier. À un moment donné, il faut investir pour passer certains paliers. Aujourd’hui je prépare le JLPT N2 du mois de décembre …

Parfois, j’ai envie de tout plaquer. J’aurai beau étudier, apprendre une langue, c’est aussi apprendre une manière de penser, et l’esprit nippon est particulièrement éloigné du nôtre. Parfois, je suis vraiment désespérée, car cette langue m’attire depuis très longtemps, et galérer continuellement est frustrant. Parfois, je suis enthousiaste, parce que j’ai réussi à poster un colis et à communiquer en japonais, certes, bancal, mais apprendre une langue, c’est aussi communiquer, peu importe les fautes.

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

7 Comments on J’apprends le japonais

  1. j’ai tellement de respect pour toutes les personnes qui apprennent une langue étrangère, encore plus quand c’est une langue qui a l’air si complexe!
    je pense que c’est normal d’être parfois découragé car on fait des progrès et puis on atteint une phase de palier, on a l’impression qu’on reste bloqué à un niveau et qu’on arrivera plus à progresser. Mais il faut s’accrocher et les choses avancent petit à petit 🙂 Courage et ne désespère pas! 😉

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  2. Bon courage. Il y a un moment (je crois que pour moi c’était à peu près au même niveau que toi) ou tu as l’impression de ne plus avancer mais ça se débloque après quelques mois. ne relâche pas surtout !
    Pour ma part je pense repasser le N1 en décembre ou en juillet prochain (ça dépendra du volume de travail que j’ai en entreprise) car même si on peut l’avoir en bachotant et que ça ne signifie pas grand chose, ça fait toujours bien sur le CV…

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    • Merci de tes encouragements ! Ça fait plusieurs mois que je suis dans le marasme (mon cerveau semble refuser tout nouveau mot – à moins de l’entendre 1000 fois dans un drama). Par contre, j’ai remarqué que je maitrise beaucoup mieux le vocabulaire de base et les conversations. J’imagine qu’on ne peut pas avancer sur tous les plans en étant synchro.

      J’admire que tu prépares le N1 ! Ça n’a pas l’air évident du tout avec des tournures spéciales et les kanjis. Il me semble qu’il existe un test plus professionnel, tu l’a passé pour être embauchée ? D’ailleurs, dans ton boulot tu parles japonais H24 ?

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  3. Ha j’ai certains livres similaires que toi comme les minna non nihongo et le livre bleu N°3 du JLPT qui est vraiment bien 🙂 A l’université préfectorale d’Osaka il y avait un rayon pour les étrangers qui apprennent le japonais, c’était tip top (parce que faut dire que le livres coûtent une blinde !).
    En tout cas bon courage pour ton N2, mais déjà le nouveau N3 se rapproche beaucoup de N2 donc tu devrais t’en sortir 😉

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  4. Je découvre ton blog et ça tombe bien pour un premier article, je suis prof de langues ! Bon courage et à bientôt 🙂

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  5. C’est amusant, ma maman apprend le japonais depuis 10 ans et elle galère toujours ! Après plein de cours à droite à gauche, Assimil au tout début, puis des cours à la fac, particuliers, en institut et, bien sûr, des tas et des tas de manuels (elle aussi est collectionneuse !), elle vient de s’inscrire à l’Inalco : est-ce que ça va la booster ? Suite au prochain épisode… 😉
    Une remarque tout de même : à chaque fois qu’elle a essayé de parler japonais avec ma belle-sœur ou sa famille, on lui a toujours répondu en anglais… Serait-ce pour ne pas manquer d’impolitesse à un étranger et ne pas le mettre mal à l’aise en croyant qu’on lui impose une langue dans laquelle il est inférieur ? Mon frère qui, lui aussi, apprend depuis longtemps le japonais et, lui aussi, se voit répondre en anglais par sa femme, a une autre théorie : il parle trop lentement et ça la barbe ! Et toi, parles-tu japonais avec ton chéri ?

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    • L’inalco est parait il très bien ! Je suis sûre que ta maman va progresser (10 ans ! quel courage car j’imagine qu’elle a ses occupations, et question pratique, sans l’immersion, ça doit être bien dur). J’ai croisé des étudiants passés par là et clairement le niveau est au dessus de la fac.

      Ah vaste sujet que cette question d’échanges avec les nippons ! Je l’ai évoquée ici http://ameliemarieintokyo.com/2014/08/21/les-gaijins-parlent-aussi-japonais/. Pour en revenir donc à la question, c’est encore un mystère pour moi (j’en discute en commentaire d’article). Avec mon chéri, je n’ose pas parler japonais, parce qu’il perd très vite patience (et comme mon accent à tendance à transformer tout ce que je dis en « question », ça doit être agaçant). Depuis qu’il est en Russie, je vais dans ma belle famille toute seule, et là, c’est assez fou, je parle ! Ils me répondent en japonais, et parfois ils font japonais – anglais (si j’ai l’air perdue). Mais dans les magasins, il m’arrive des situations confuses, parce que j’ai voulu parler en japonais, et on m’a répondu en anglais, du coup, je ne sais plus comment enchainer (ça donne un espèce de mélange anglo nippon assez dégueu).

      Pour la belle famille donc, peut être est -ce en effet une forme de politesse, une tentative de faire le même effort (parler dans une autre langue) pour que tout le monde soit à égalité: ta maman dans une langue étrangère, la belle famille dans une langue étrangère. Certains avancent par ailleurs que les japonais n’aiment pas voir leur langue « maltraitée » par des étrangers, mais lorsque les relations sont devenues proches et / ou familiales, je ne pense vraiment pas que ce cas s’applique !

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