Dans ma rue … Au Japon

J’ai la chance de vivre dans un quartier assez tranquille, vert, un peu village avec ses petites maisons. Avec le temps, j’ai fini par croiser quelques voisins et avoir un aperçu furtif de leurs vies.

Ma rue

Mon immeuble est tout au bout, et mon appartement au 4ème étage, se trouve tout à gauche.

Le matin, par beau temps, aux fenêtres des maisons, le linge fraichement lavé est étendu et les futons sont mis à respirer. Ils sont ensuite battus avec des batons, afin de laisser s’aérer le coton. Si certaines maisons ont des lits à l’occidental, les protège-matelas et les couvertures n’échappent pas à ce traitement !

おはようございます! Ohayou gozaimasu !

(salutation du matin)

Certains de mes voisins sont curieux à mon égard, et malgré l’écoulement d’une année, je suis encore observée avec intérêt. La famille de la maison en bout du chemin, près de mon immeuble, m’a toujours salué avec respect et sourires. J’ai fini par les connaître, au travers de leurs habitudes. Un papa qui part tôt au travail, un fils étudiant avec un petit boulot dans la construction, une jolie lycéenne, qui semble étudier jusqu’à pas d’heure. Et une maman, toujours à s’occuper de la maison et du jardin. Ils ont deux magnifiques chats bengals, se cachant aux fenêtres pour observer la rue. Parfois il me prend l’envie de leur parler, mais ce n’est pas facile, de faire le premier pas.

こんばんは! Konbanwa !

(salutation du soir)

Dans une autre maisonnée, le père de famille s’assoit le soir sur le perron pour fumer une cigarette. Il n’a jamais trop l’air aimable, sous ses sourcils broussailleux, et répond à peine à mes bonsoirs. Tout au plus répond-il par un petit hochement de tête.

Une des maisons a été entièrement reconstruite sur ses bases en … moins de 6 mois. La famille, partie loger ailleurs en décembre, est revenue début juin, dans une maison moderne aux murs gris bleus. La jeune fille qui jouait du piano dans l’entrée, la porte ouverte, peut désormais pratiquer dans le salon, laissant ses sonates s’écouler par la fenêtre.

Tout le monde est consciencieux à l’égard de la propreté de notre petit rue. Les femmes, notamment, passent de temps en temps un coup de balais autour de leur maison et ôtent les feuilles mortes.

Deux petits immeubles s’ajoutent dans cette faune, mais personne ne se parle. Les japonais en appartement s’isolent, évitent les voisins. D’ailleurs, il est de bon ton, en cas de croisement fortuit, de ralentir le pas (pour ne pas emprunter les escaliers ou l’ascenseur en même temps) ou d’ouvrir la boite aux lettres (que vous savez pertinemment vide).

J’avais l’habitude, en France, de connaître mes voisins, de discuter avec eux, parfois pendant une demi heure, entre deux portes. Ce manque d’interaction me pèse, et je sais qu’il est principalement dû au lieu de vie: le centre de Tokyo.

Dans les quartiers résidentiels sans immeubles, les plus petites villes, les villages, la communauté est forte et les voisins se saluent, se parlent, ont des réunions de voisinage. Dans la mégalopole, avec plus de 1170 habitants au mètre carré, le lien communautaire s’est effiloché, et chacun mène sa vie en solitaire.

J’entends des éclats de rire, des pleurs d’enfant, parfois une discussion au loin, confinée derrière les rideaux. Mais dans la rue, le silence est d’or. 

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

9 Comments on Dans ma rue … Au Japon

  1. c’est super intéressant de te lire. Je vis dans un petit village au Canada où on salue les gens qu’on croise en voiture d’un signe de main, où tout le monde se dit bonjour, alors c’est intéressant de découvrir cette règle tacite visant à ne pas emprunter l’escalier ensemble.

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    • Ah le Canada ! Je souhaiterai vraiment y vivre un jour (c’est dans mes projets lointains). J’apprécie beaucoup l’esprit communauté, et si c’est pourtant quelque chose de fort en Asie … C’est aussi très codé et fermé. Et Tokyo est vraiment trop peuplée. Si tu te rends dans un petit village reculé, les gens n’hésiteront pas à venir te parler, t’aider ou simplement pour s’essayer à leur anglais rouillé. Une autre dimension !

      Le coup de l’escalier c’est terrible. Tu sens en plus que ça les stresse. Comme si tu surprenais un pan d’intimité (pourtant chacun ne fait que rentrer chez soi!).

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      • tu sais, avant de venir dans mon petit village, j’ai vécu à Montréal (rien à voir par rapport à Tokyo niveau population, mais « grande ville » pour ici) et l’esprit communautaire était BEAUCOUP moins présent, j’ai même envie de dire inexistant. Pas au point d’éviter les voisins dans la cage d’escalier, mais bon 😉

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      • C’est intéressant ! Je me demandais si c’était lié à la taille de l’agglomération ou à la culture. Finalement ça serait bien une histoire de concentration humaine au même endroit. C’est un peu triste, plus il y a de monde … moins on se parle !

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      • oui je pense que moins on est nombreux, plus le sentiment de communauté est renforcé 😉

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  2. Magnifique ce recit, je m’y suis cru un instant… en afrique, il est courant d’etre logé dans des residences prevues pour les expatriés de divers pays, selon les nationalites mais aussi la personnalité il ya des gens plus ouverts.

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    • Ça doit faire une drôle d’impression, comme un mini monde au milieu d’un pays étranger. Question échange de culture ça doit être plutôt pas mal aussi. Découvrir d’autres horizons. Le côté un peu embétant c’est peut être la perte du contact authentique avec le pays où l’on vit, mais peut être que l’un n’empêche pas l’autre.

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  3. Ca me rappelle ma vie à Paris: je ne connaissais de mes voisins que ce que j’entendais à travers les murs:)
    Ici a Christchurch, mes voisins sont plus sympas, mais je ne les vois pas beaucoup non plus.

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  4. très intéressant !

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