Le genkan, l’entrée japonaise

Un jour, un mot, découvrir le Japon

Source: http://web-japan.org/nipponia/nipponia20/fr/what/what01.html

C’est bien connu, il est de coutume au Japon de retirer ses chaussures lorsqu’on l’on rentre dans une habitation. Le vestibule est alors un espace de transition, entre l’extérieur souillé et l’intérieur, appelé genkan (玄関). Prenant racine dans les coutumes des moines zen, la traduction littérale signifie « porte de la connaissance profonde ». Si malheureusement ma sagesse n’avance pas d’un poil à chaque fois que je me déchausse, cette pratique a tout pour elle !

Ôter ses chaussures est un acte important dans la culture japonaise, en ce qu’il marque une transition entre le dehors et le dedans. L’acte ne relève pas que du domicile, puisqu’on ôte ses chaussures dans les écoles, certains bureaux, cliniques et restaurants, ainsi que pour toutes les pièces en tatami. Certaines boutiques de vêtement ont aussi adopté le genkan dans leurs cabines d’essayage (source fréquente de bourde de la part des touristes, je me rappelle encore avec honte ma maladresse dans la boutique nike … « no shoes, no shoes !! » s’exclamait la vendeuse derrière la porte de la cabine).

À l’origine, cette étiquette appartenait aux temples zen, et la décomposition des idéogrammes signifie « porte de la connaissance profonde » en référence à cette vie rigoureuse d’ascète zen,  à laquelle se dédiaient les aspirants en franchissant le seuil du temple. Le genkan est symbolique.

C’est au XVIIe siècle que la caste des samouraï en firent une mode, créant dans leur demeure une marche, nommée shikidai. Le vestibule prend le nom de genkan, imitant le portail des temples zen. Petit à petit toutes les castes reprennent pour eux cette nouvelle coutume, et l’entrée d’une demeure fait l’objet d’une mise en scène, reflétant le prestige de la maison, loin de la réalité quotidienne. S’y trouvent fleurs, ornements, tableaux, calligraphies … un élément décoratif savamment exposé, élaborant une transition poétique. Chez moi, entre la machine à laver, le panier de linge sale et le panier de tri sélectif, on pourrait pas faire plus glamour … J’ai cependant mis en évidence un petit chat en peluche, tiré de Kiki la petite sorcière, des studios Ghibli … 

Plus concrètement, le genkan est un espace plus bas que le reste du logement, et y est situé en général une getabako, étagère à chaussures, parfois un porte-manteau. Le sol, soit de pierre, soit de béton est appelé tataki (三和土). Il permet d’y laisser toute saleté provenant de l’extérieur. Les chaussures sont soit disposées dans la getabako, soit soigneusement alignées sur un côté du genkan. L’hôte les tournera vers l’extérieur, pour faciliter le départ.

« Les maisons bâties dans le style traditionnel présentent toutes ces genkan, épitomé du style de la maison, plus ou moins austères et protocolaires, car on y est tenu à une étiquette invariable. Tout d’abord, le visiteur se tient devant l’entrée pour lancer la formule invoquant l’excuse pour sa visite. Ceci lui donne le droit de faire coulisser sur son rail une des moitiés de la porte extérieure vitrée et de fouler l’aire du genkan, ou tataki ; ce tataki qui pourra être empierré de petits silex ronds et polis artistement cimentés en un motif décoratif, d’une mosaïque, ou plus simplement, à la campagne, de terre battue, mais toujours au niveau du sol.
À ce stade, jaillit du fond de la maison un cri (haï!/oui!voilà!), qui se matérialisera bientôt sur un occupant de la maison apparaissant dans la petite pièce sur laquelle ouvre le genkan et qui est, elle, surélevée comme le reste de la maison. Après avoir pris connaissance du motif amenant le visiteur, l’occupant l’invitera (dōzo, o-agari kudasai どうぞお上がり下さい lit. « veuillez monter s’il-vous-plaît ») à se hisser au même niveau que lui, par le truchement d’une large marche de bois, le shikidai (o-jama shimasuお邪魔します, lit. « permettez moi de vous déranger »). Ce qui implique obligatoirement l’abandon au sol du symbole de la souillure extérieure : la chaussure. L’on pourra à présent fouler la merveille des tatamis de la maison, mais seulement pour se rendre dans la pièce réservée aux visiteurs.
On aura compris que le genkan, bien que largement ouvert durant la journée, joue le rôle de frontière, d’antichambre psychologique entre le monde extérieur et l’opisthodome de l’espace de vie intérieur. C’est aussi un espace essentiel de toute maison japonaise : puisque les Japonais ne portent pas de chaussures dans la maison, il leur est nécessaire pour les y abandonner. Et les appartements dans les immeubles ont donc toujours leur genkan, bien que plus exigu et de facture beaucoup plus simple. »
Source: Nipponia

 

 

Advertisements
About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Depuis 2015, chargée de communication pour une école de Japonais (Coto Language Academy), j'assiste les élèves dans leurs démarches pour venir étudier au Japon!

4 Comments on Le genkan, l’entrée japonaise

  1. Super article, très très intéressant. C’est une des particularités des maisons japonaises que j’aimerais avoir dans notre future maison. En attendant, on a acheté des chaussons pour les invités histoire de ne pas les laisser pieds nus ^^ mais d’une manière générale, se dechausser n’est pas dans les habitudes francaises…

    J'aime

    • Je suis totalement conquise, entre le confort et le bonus propreté (quand on y pense, c’est un peu crade de se balader avec ses chaussures dans les chambres etc … ). Ma mère a adopté le truc très rapidement, en mode « mais c’est absolument génial ». On a des chaussons aussi. En général ça passe bien, mais je suis tombée une fois sur un débat (internet) où pas mal de personnes s’offusquaient qu’on leur demander d’ôter les chaussures.

      J'aime

  2. Encore un super article ! J’ai appris récemment que retirer ses chaussures à l’entrée de la maison était aussi pratiqué dans les pays musulmans. La raison est que dans ces pays, on prie aussi chez sois. Du coup comme les maisons traditionnelles japonaises abritent souvent un autel, je me suis dit qu’il y avait peut être aussi un rapport.
    Je ne suis jamais allée dans un magasin où il fallait retirer les chaussures, ça doit être surprenant ^^ !

    J'aime

    • Tiens je ne savais pas pour les pays musulmans ! (Enfin remarque en Ouzbékistan on le faisait *mais c’est bien sur*). C’est en effet très spirituel comme habitude culturelle, entre l’origine zen et l’idée que le dedans est un espace clos et pur …

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :