Metro, boulot, dodo, une nounou au Japon

Vous l’aurez constaté, le calme règne sur le blog depuis quelques semaines. Et pour cause, je m’étais dénichée un travail semblait-il, sympathique. Mais à la réalité tout autre. Nourrice à Roppongi, un quartier huppé de Tokyo, et connu pour son importante population étrangère, j’ai découvert le rythme métro, boulot, dodo à la nipponne. Je ne recule pas devant les longues heures à travailler, et je rechigne rarement face à des tâches ingrates, mais ce mois de juillet aura été une expérience épuisante au Japon, alors que l’été a débarqué avec son humidité ambiante et ses températures frôlant le 40° C (ressenti).

J’ai été … nounou à Tokyo.

Le Japon étant très sévère sur les procédures de visa et le sponsoring, le métier de nourrice étant peu reconnu (et peu existant, en effet, traditionnellement, la femme quitte son travail lorsqu’elle devient mère et le fait de s’occuper des enfants n’est pas reconnu comme un travail), trouver un emploi de nourrice ne se révèle pas si difficile si vous avez le profil et un visa en poche. Les places en crèches sont rares et se vendent cher. Pour les expats en particulier, faire garder les enfants tient du casse-tête chinois, et le marché est ouvert aux étrangères (et étrangers).

Vous pouvez aussi bien trouver du partiel ou du temps plein, vous négociez la plupart du temps votre salaire (vous pouvez jeter un oeil aux agences de baby sitting, et vous voyez à la baisse si vous passez hors agence). Attention à bien faire établir un contrat stipulant vos obligations et vos limites (parce que sans atteindre le niveau de Singapour, question esclavage de la nourrice, les débordements sont fréquents …). En bref, protégez-vous. 

Alors que je cherchais du travail, je suis tombée sur une annonce intéressante. Un travail à temps plein avec deux petits bouts, pas trop loin de chez moi (50 minutes de trajet, largement acceptable à l’échelle de Tokyo).

Ils me contactent et j’obtiens un entretien rapidement. Ils sont dans l’urgence, leur nourrice philippine va être expulsée du pays. Les horaires, m’annoncent-ils, seront de 8h30 à 19h, du lundi au vendredi. S’ajoutent parfois quelques heures de plus, payées en heures supplémentaires. Je dois faire le ménage, « léger ». Éventuellement, rester à domicile s’ils partent en voyage d’affaires. Bon. A priori, les changements d’horaires sont exceptionnels, le ménage ne me pose pas de soucis, et les 52 heures par semaine ne m’effraient pas outre mesure. Le salaire n’est pas mirobolant, mais correct. 230 000 yens (1630 €) plus les transports, et 1500 yens par heure supplémentaire.

Très vite je déchante. L’été et ses températures étouffante n’ont pas aidé, le manque de temps pour continuer d’étudier le japonais m’acheva.

Tous les matins, à 7h43 j’évite la majeure partie du rush hour de la ligne Tozai, puis de la ligne Namboku. Il fait chaud, humide. J’étouffe dans le métro, alors que très vite, mes vêtements sont trempés de sueurs. Les salarymen ont enfin le droit aux manches courtes. Ils s’épongent le front et la nuque avec des serviettes. Ils ont le visage fermé, ils sont endormis ou plongés dans un livre ou sur leur téléphone portable. Je prends la sortie 1 et dès 8h15, le soleil cogne sur Tokyo.

Je me suis acheté une ombrelle, lorsqu’à midi, en sortant les enfants, je me suis pris un coup de soleil en 2 minutes.

Le ménage inclut plusieurs lessives (par jour), le repassage, passer l’aspirateur dans leur 140 mètres carrés (quotidien), nettoyer leurs canapés, récurer les deux salles de bain, vider les poubelles (toutes), et faire le tri pour le recyclage (descendre leurs bouteilles de vin), refaire leur lit, et laver leurs draps, faire leur vaisselle.

Tout cela en gardant un bébé de 6 mois et une petite de 2 ans, que je dois surveiller, occuper, habiller, nourrir, emmener au parc (le matin), au centre pour enfant (l’après midi) et avec lesquels je dois bien sûr jouer. J’oublie de parler de leur poussette tout terrain de compétition, pesant trois tonnes, à pousser sur les collines de Roppongi en plein cagnard.

Au début, je gère plutôt bien. À condition d’être debout constamment, et sous pression de tout faire à l’heure, pour que, lorsque la mère arrive le soir, je puisse partir à temps.

Je repars aux alentours de 19h00 et je cours pour avoir le métro. J’arrive en zombie dans mon quartier. Trop tard pour faire quoique ce soit d’intéressant. Trop tôt pour avoir envie de me reposer. J’erre dans le centre commercial, je m’achète mon encas du lendemain.

Et puis mon japonais ne décolle plus. Impossible après le boulot, de trouver le courage de me plonger dans un bouquin.

Alors je réfléchis. Mon objectif reste toujours d’apprendre la langue. De pouvoir échanger avec ma belle-famille. Je mets fin à mon contrat, partagée entre soulagement, et tristesse d’abandonner ces deux petits bouts auxquels je me suis bien sûr, très attachée ces quelques semaines.

(Certains matins, j’étais un peu comme cela)

Man under pile of laundry – Source: http://thespinningdancer.files.wordpress.com

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Depuis 2015, chargée de communication pour une école de Japonais (Coto Language Academy), j'assiste les élèves dans leurs démarches pour venir étudier au Japon!

12 Comments on Metro, boulot, dodo, une nounou au Japon

  1. Oufti, quel enfer! C’est légèrement gonflé d’engager une « nounou » et de lui demander de faire toutes les tâches ménagères en plus… Surtout avec 2 enfants en bas âge, faut pas pousser!
    J’espère que tu trouveras vite un job plus satisfaisant ^^

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    • Bonjour, oui je suis d’accord. C’est très courant ici. Et sans développer (parce que ces histoires m’appartiennent pas), j’ai eu des témoignages d’amies épouvantables (dans le cas de l’une d’elle, je ne sais pas comment elle a tenu, et j’aurai appelé l’inspection du travail parce que c’était totalement illégal). Ils avaient dit léger, ce qui a priori me paraissait okay. Mais quand j’ai réalisé qu’ils ne faisaient absolument rien (même changer le rouleau de papier toilette !), j’ai été un peu verte.

      Ils considèrent vraiment que la personne qui s’occupent de leurs adorables bouts a le temps de faire. Et qu’en prime ça ne vaut pas plus de 5€ de l’heure. Dur, dur.

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  2. Mais comment tu avais le temps de faire toutes ces tâches ménagères avec 2 bouts de chou dans les bras ? Oo
    Et puis plusieurs machines par jour, elles sont si petites que ça leur machine à laver le linge ? (ou c’est pk elles lavent à froid et que ça lavent rien du tout..souvenirs souvenirs…).
    Peut être que la prochaine fois tu te tourneras vers un travail de nourrice à temps partiel ça serait plus intéressant pour toi, non ?

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    • Bonjour ! Je ne sais vraiment pas comment j’ai fait pour tenir. Concernant les machines, c’est que chaque jour avait une spécialité (les draps, le linge de bain, les enfants, les parents), qu’il fallait bien sur séparer blanc et couleur, et… Ne pas surcharger la machine. Sur la fin j’avoue avoir abusé du mode rapide et avoir tout mis ensemble 😀 (et oui ça lave à froid, donc bon, ne pas mélanger blanc et couleur ne rime pas à grand chose). Le partiel sera mieux ! Je pensais qu’en finissant à 19h j’aurai du temps pour moi mais en réalité j’étais tellement claquée, Pfiou.

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  3. Cumuler toutes ces tâches c’est épuisant. Il faut aussi penser à soi et prendre le temps de vivre.
    Dans l’attente de te lire à nouveau, je te souhaite de trouver un meilleur job.

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    • Bonjour, et merci !

      En effet, je suis bien d’accord. Malheureusement, au Japon le rythme horaire est très intense (pour les parents aussi) en général. Le temps de vivre c’est bien quelque chose qui manque aux japonais !

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  4. La famille était donc Japonaise ? Ce n’est pas être nounou, c’est être esclave. Déjà j’ai honte pour la mère qui ne s’occupe pas de ses enfants. Quand on a un 140m2 à Tokyo, c’est qu’on doit être très riche, elle n’a pas besoin de travailler, elle est juste égoiste. Ensuite, j’ai une petite fille de 2 mois, j’ai un nounou, une femme de ménage et une baby-sitter ! Il ne me viendrait jamais à l’idée de n’avoir qu’une personne pour les 3.
    Et si c’était le cas, elle serait bien mieux payée, avec des heures de repos pour déjeuner et un jour dans la semaine pour faire un break. Enfin, bref, j’adore le Japon mais j’ai vraiment du mal avec son peuple, surtout à Tokyo, qui, comme dans toutes les grandes villes (à Paris c’est pareil) est arrogant et esclavagiste.
    Bon courage !

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    • Australienne (mari) japonaise (femme). Merci pour ce soutien. Par moment, je me demandais si ce n’était pas moi qui était « trop faible » pour assumer. Sur le papier ça ne semble pas considérable, et pourtant, sans courir, c’est impossible ! (et surtout, je ne pouvais pas avoir un oeil sur les enfants tout le temps). Quant à travailler ou pas … Je comprends les femmes qui travaillent même en étant maman. Ceci dit, j’avais mal au coeur pour ces enfants qui voient leurs parents à peines 2 heures par jour et seulement le weekend!

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  5. Et bé quelle expérience, tu m’étonnes que tu n’avais plus la force de bosser ton japonais le soir. Mais les gars ne changeaient même pas leurs rouleaux de papier toilette quoi ? C’est choquant O_O Je te souhaite de trouver un nouveau job qui te permette de pouvoir concilier les deux.

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  6. Ah oui j’imagine…. la famille t’a payé ce qu’elle payait leur maid Philippines et attendait de toi le même travail… sauf qu’il y a bien que les Philippines qui arrivent à supporter ça…
    Par contre; je ne trouve pas qu’on ait besoin de nounous à temps plein au Japon. La crêche au Japon est excellente et pas si chère que ça, mon fils y a passé ses premières années et nous étions ravis, c’est une des choses qui nous a manqué le plus en partant.
    Enfin pour répondre à un autre commentaire, ce n’est pas parce que on a un mari qui gagne bien sa vie que l’on doit arrêter de travailler pour autant…. je trouve cette remarque vraiment déplacée.

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    • Merci de ce retour ! Oui, et encore quand je les ai aidés à chercher une remplaçante, beaucoup des nourrices Philippines étaient horrifiées. Il faut vraiment trouver des habitués. Je ne me rends pas compte pour les crèches. Cela doit pas mal dépendre de l’endroit où l’on vit. Il y a certainement un manque d’après ce que j’ai lu. Mais le service à la japonaise étant ce qu’il est, ça ne m’étonne pas que cela vous ait manqué. Si je devais partir, la vie ailleurs me semblerait rude!

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