Découvrir le Japon: Tokyo sonata, drame familial japonais

Pour découvrir le Japon, son histoire, sa culture mais aussi sa société, rien de tel que le cinéma. Tokyo Sonata est un drame familial sujet fréquent du cinéma traditionnel japonais (Ozu … ). Représentation élégante et lyrique d’une famille de classe moyenne de Tokyo, les Sasaki, dans une tragédie absurde au coeur de la société contemporaine japonaise. Kiyoshi Kurosawa, maître du genre fantastique, explore ici avec réalisme non dénué d’étrange, l’implosion de la cellule familiale.

Bande annonce VOSTFR

Les Sasaki, Ryuhei, sa femme Megumi et leurs deux fils Takashi et Kenji, mènent une vie de famille ordinaire dans un quartier de Tokyo. Mais leur vie bien réglée semble soudainement basculer dans une crise s’inscrivant dans la réalité d’une société déréglée et en mutation.

Ryuhei est licencié sans préavis de son travail de bureau. Les travailleurs chinois fournissent une main d’oeuvre moins coûteuse. Cachant son statut de chômeur à sa famille, il feint de se rendre au bureau tous les jours, sombrant dans un désoeuvrement pathétique, prêt à tout pour préserver les apparences.

Le fils ainé Takashi s’enrôle dans l’armée américaine, et est finalement déployé au Moyen Orient, où il se retrouve confronté à la réalité de son engagement.

Kenji, quant à lui, prend des cours de piano en cachette, payés avec son argent du déjeuner, défiant l’autorité paternelle. Son talent est encouragé par sa professeur, voyant en lui un futur pianiste virtuose.

Megumi, soupçonnant de plus en plus son mari, dépassée par les choix de ses enfants refusant de suivre les désirs parentaux, est un jour prise en otage par un chômeur apprenti cambrioleur (Kôji Yakusho dans un rôle étrange et absurde), à la recherche d’argent. Il l’embarque à bord d’une voiture volée, et part en cavale jusqu’à l’océan …

La famille Sasaki est au coeur des contradictions de ce Japon dont les valeurs traditionnelles (système patriarcal, honneur…) se retrouvent confrontées à une société moderne en crise. Dans sa critique pour Le Monde, Jean-François Rauger évoque un suspens lyrique dans une démonstration brillante de la destruction d’un monde ancien.

Dans le cinéma de Kurosawa, les spectres hantent notre réalité. Ce sont les laissés-pour-compte d’une mutation humaine dont ne se mesurent pas encore les causes et les conséquences. L’élégance de la mise en scène, une direction d’acteur qui ne néglige pas une forme d’humour à combustion lente, participe de la construction de cette réalité si subtilement spectrale.

L’émouvante fin du film, qui voit triompher une forme de communion par-dessus le chaos grâce à l’art (l’interprétation de Schubert au piano par le benjamin de la famille), laisse dans un suspens lyrique les questions de ce qui pourrait être un des premiers films à interroger la crise dans laquelle le monde a commencé de s’enfoncer.

Tom Mes de Midnight Eye décrit le film comme 

« L’ultime expression de qualité du cinéma de Kurosawa. Comme mentionné, le film ne contient aucun élément supernaturel ou de flore et faune monstrueuses. Pourtant c’est sans aucun doute le film le plus terrifiant que Kiyoshi Kurosawa ait jamais fait. Il est terrifiant parce qu’il est à propos de nous ».

(« Tokyo Sonata is the ultimate expression of this quality of Kurosawa’s cinema. As mentioned, it contains no supernatural elements, no ghosts, killers, or monstrous flora and fauna. Yet it is without doubt the most terrifying film Kiyoshi Kurosawa has ever made. It is terrifying because it is about us. »)

Que cela soit pour la qualité de sa production, sa bande son et les remarquables prestations au piano, ou encore le jeu formidable de ses acteurs, Tokyo Sonata est un film à voir pour découvrir le Japon moderne et la vie d’une famille en proie aux difficultés actuelles. C’est une belle entrée dans la société japonaise.


Tokyo Sonata
Drame
120 minutes

Director:

Kiyoshi Kurosawa

Writers:

Kiyoshi Kurosawa (screenplay), Max Mannix

Stars:

Teruyuki Kagawa (Ryûhei Sasaki), Kyôko Koizumi (Megumi Sasaki), Yû Koyanagi (Takashi Sasaki), Kai Inowaki (Kenji Sasaki)

 

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Depuis 2015, chargée de communication pour une école de Japonais (Coto Language Academy), j'assiste les élèves dans leurs démarches pour venir étudier au Japon!

2 Comments on Découvrir le Japon: Tokyo sonata, drame familial japonais

  1. Quelle histoire, ça me donne bien envie de la voir. ^^

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  2. Je ne peux que t’encourager à le voir. Loin d’être long ou ennuyeux, et malgré des sujets difficiles, il se laisse facilement regarder. Il prête même par moment au sourire, et on s’évade vers ce Japon et sa société si différente. Pour ceux qui aiment la musique classique, c’est en plus un plaisir des oreilles :).

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