Société japonaise: la place de la femme au Japon

Bref état des lieux

Le féminisme au Japon s’est réveillé à la fin du  XIXe siècle et fut « en jachère » durant la seconde guerre mondiale, l’intérêt de la nation prévalant sur ce type de lutte. La construction du Japon repose avant tout sur l’image de la « bonne épouse et sage mère » de la classe moyenne …

Le rôle de la femme s’inscrit dans la structure d’une société traditionnelle hiérarchisée où la présence des femmes reste mineure dans les grands secteurs professionnels, sans parler du politique.

Si une chose devait unir l’Asie ce serait bien une vision rétrograde de la femme: que cela soit en Chine, en Corée ou au Japon.  Lorsqu’une femme obtient un rôle fort – présidence, PDG d’une entreprise – il est dit que le pays ou l’entreprise, risque de s’écrouler. Cela ne signifie pas que la femme n’ait pas de pouvoir. Mais celui-ci est au sein de la maison. Bien que le féminisme occidental en doute, en Asie, le travail domestique – l’entretien de la « maison » – est ainsi une force que les japonaises perçoivent comme fondamental pour la société, que celui-ci concerne l’homme ou la femme.

Ceci dit, il vaut mieux que ce soit l’homme qui travaille… Car l’homme à la maison n’est pas à l’honneur (que ce soit par choix ou non)… Ce, malgré les incitations politiques avec notamment en 1992 une loi permettant aux pères de prendre un congé parental. Ces hommes au foyer sont appelés les « iku men ».

Mon ami Nippon a eu un père iku men lors de ses moments de chômage. Il a été élevé en partie par ce dernier, tenant la maison alors que sa mère travaillait comme professeur d’anglais. Ce statut familial encore atypique lui a valu moquerie d’élèves, critiques des professeurs à son encontre parce qu’il n’avait pas été à une pre-school pour apprendre les kanji, remarques mesquines de parents de camarades d’école. Il a gardé depuis un regard pessimiste sur cette société qui l’a rejeté à plusieurs reprises pour être différent. À tel point qu’il ne souhaite plus vivre dans son pays. 

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Mais de plus en plus de femmes suivent des études supérieures, travaillent et tiennent à leur indépendance. Ce phénomène touche toutes les classes sociales, même les moins aisées. Considérant leurs possibilités de carrière, elles tournent le dos à cette société patriarcale, en refusant de rentrer dans les schémas traditionnels. C’est l’une des explications à la chute des mariages au Japon

Ainsi, le nombre de femmes célibataires en augmentation est perçu comme une rébellion (« elles sont gâtées »). Cependant, les jeunes hommes aussi dédaignent la vie amoureuse.

Les jeunes japonais vivent plus longtemps chez les parents tout en travaillant, dépensant leur argent en loisirs. Le sociologue Masahiro Yamada appellent ces jeunes adultes les « célibataires parasites« .

Enfin, la natalité chute de manière inquiétante et la courbe ne semble pas s’inverser malgré les initiatives politiques.

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La politique d’Abe Shinzo et ses supporters: un paradoxe

En janvier, le mouvement des Femmes contre la guerre organisait une rencontre (initiée par Mizuho Fukushima, une dirigeante du parti social démocrate). Beaucoup de sujets ont été abordés, tous en lien avec la condition des femmes: pauvreté, la loi du Secret d’Etat etc …

À cette occasion, a été entendue une supportrice du premier ministre japonais leader du parti libéral démocrate (PLD), Michiko Hasegawa. Elle est membre de la direction de la chaine NHK – supposée garder une neutralité politique (bien que récemment son association  avec la droite dure du Japon et le PLD a été clairement affichée) et professeur à l’Université Saitama.

« Une des politiques du Premier ministre est l’avancée sociale des femmes« , avance-t-elle,  « je ne reconnais pas le Shinzo Abe que vous présentez ».

C’est une référence à la mesure politique « 2030 » d’Abe Shinzo. Elle signifie qu’avant 2020, 30% des postes à haute responsabilité devront être occupés par des femmes. Afin d’y parvenir, l’État évoque des mesures telles que « zéro enfant en attente de crèche », « 3 ans de congés maternité avec retour sans pénalité ». Afin d’allier le geste à la parole, il a choisi une femme pour premier secrétaire, poste jusqu’alors occupé uniquement par des hommes (1er cas historique).

Malgré ces avancées – mises en place ou annoncées, l’opinion reste suspicieuse en raison des supporters du premier ministre.

En premier lieu, Masuzoe, soutenu par le LDP pour les dernières élections à la gouvernance de Tokyo, en février dernier:

« Les femmes en sont pas normales pendant leurs règles, elles sont anormales. Elles ne peuvent prendre des décisions sur des sujets importants tels que la politique nationale. Les politiciens doivent travailler 24h par jour, vous ne savez pas quand vous avez à prendre des décisions. C’est un problème que les règles soient tous les mois. » (1989)

Alors que la participation des femmes en politique et dans l’économie japonaise s’accroit, est-il judicieux pour le parti libéral démocratique (majorité au parlement) de soutenir cette personnalité ? (Satoko Onuki, Asahi Shimbun Weekly Aera, 2014.2.24).

Michiko Hasegawa a aussi rédigé une tribune dans la presse intitulée « comment contrôler l’accroissement de la population à travers la normalité« . Selon cette personnalité influente, la chute démographique du Japon est la conséquence du changement progressif de la place des femmes dans la société, suite à la loi sur l’égalité des hommes et des femmes. Elle renvoie les femmes à leur fonction procréatrice, qu’elle juge courte: « si la femme travaille, alors qu’elle pourrait porter un enfant, bien sûr la natalité chute« . En clair, les hommes doivent travailler, les femmes doivent être à la maison. Si cette « normalité » revenait, alors la démographie prendrait un coup de fouet.

Une spécialiste des problématiques liées au travail, professeur de l’Université Wako, Mieko Takenobu maintient au contraire que « plus la société est inégalitaire, plus elle tend à être une société vieillissante ». Récemment les entreprises emploient de plus en plus d’employés non réguliers, dont le coût est inférieur. Aucune surprise, 90 % des femmes font partie de ces employés, et ne pourront pas alors obtenir un travail régulier.  La famille modèle envisagée par Hasegawa est impossible et ne colle pas à la réalité

À lire (anglais) What has change with the emergence of female politicians
À lire (anglais) Has the Equal Employment Opportunity law protected women workers ?

Malheureusement le schéma « homme au travail, femme au foyer » est majoritaire au sein du PLD.

En 2006, dans le premier cabinet d’Abe Shinzo, une des orientations politiques était la « renaissance » de l’éducation qui a donné lieu à un certain nombre de conférences. Une participante, Ayako Sogano, membre du parti et écrivaine, écrivit alors un article « Aux travailleuses blâmant l’entreprise pour le harcèlement sexuel, le harcèlement au travail et le harcèlement à la maternité« , dans lequel elle évoque que les congés maternités sont ennuyeux pour l’entreprise et qu’il appartient aux parents d’élever leurs enfants plutôt que de les mettre en crèche. Le blâme est renvoyé aux femmes qui travaillent.

Que pense réellement le gouvernement d’Abe Shinzo: femme nourrice ou femme travailleuse ? Plus simplement, le cabinet s’interroge fondamentalement sur la manière dont les femmes peuvent contribuer au pays. (Satoko Onuki, Asahi Shimbun Weekly Aera, 2014.2.24)

« Rien n’a changé depuis le premier cabinet d’Abe Shinzo. Il a rendu les conversations sur les règles de la succession impériale creuses. Pour lui le plus important est de maintenir l’ordre national à travers la conservation des structures comme la cellule familiale. » Kitahara Minori

La problématique ne s’arrête donc pas à la femme mais à toute la famille, touchant à la question des travailleurs mutés, des enfants nés hors mariage. Ainsi la loi accordant à ces derniers part d’héritage fut considérée comme contraire à la constitution par la Cour Suprême. Certains membres du PLD considérait qu’elle menaçait le système familial.

Les supporters d’Abe, palmarès des remarques 

Ministre de la réforme administrative, Tomomi Inada (f): « l’infidélité des femmes est illégale », 2007.

Sanae Takaichi, présidente du Conseil en recherches en politique du PLD (f): « je suis contre la séparation des noms dans le couple marié. La stabilité du nom de famille des enfants pourrait être remise en cause par la loi de séparation des noms de famille » (2004). Ce projet de loi n’a finalement pas été enregistré.

Shintaro Ichihara, ancien gouverneur de Tokyo (h): « Ce que la civilisation a apporté de pire, et la plus dommageable, sont les vieilles femmes » (2001).

Yoshiro Mori, ancien premier ministre (h): « Les femmes qui ne font même pas un enfant, profite de leur liberté et vieillissent sur les taxes de l’État, sont ridicules » (2003).

Kin Mirei (f): « C’est un fait que le nombre des femmes qui n’insistent que sur leurs droits est en hausse » (2013).

Michiko Hasegawa (f): « Le rôle des genres est naturel pour l’homme, qui est un mammifère. La grossesse, la naissance et l’éducation des enfants sont lourds pour la femme. Il est rationnel que subvenir à la famille soit le rôle de l’homme. Le gouvernement interfère avec la vie des individus. Il doit changer sa direction » (2014).

Noriko Mizuno, professeur de l’ Université du Tohoku, membre de l’équipe travaillant sur les lois de succession (f): « En se mariant, se construit une relation dans laquelle le mari soutient l’épouse et les enfants. Il est raisonnable que la part successorale des enfants du couple soit supérieure à celle des enfants naturels » (2013).

Ayako Sogano: « Lorsqu’elles ont un enfant, les femmes devraient démissionner. Après avoir élevé leurs enfants, elles peuvent retrouver un travail » (2013).  

Kosuke Yoshiie, membre de la Chambre des Représentants (h): « L’avancée des femmes dans la société ne signifie pas qu’elles ne doivent pas faire leurs devoirs en tant que mère. Mettre les enfants dans des crèches est un abus » (2014).

Pour aller plus loin (anglais):

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

1 Comment on Société japonaise: la place de la femme au Japon

  1. Hélas !
    Et cela n’évoluera pas si vite…
    J’en connais, des femmes japonaises indépendantes, souhaitant travailler, ne voulant pas jeter à la poubelle les longues études qu’elles ont faites…
    Elle vivent en France.

    J'aime

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