Travailler au japon: l’expérience open space

Office block at night

Aujourd’hui, je vivote à Tokyo en multipliant les activités « professionnelles ». Parmi celles-ci, j’ai expérimenté l’emploi à temps partiel (ou le part baito) pour une société d’études de marché.

Un coup de chance exceptionnel

Je n’ai pu avoir cette occasion que grâce au bouche à oreille. Un senpai (senior) de mon Nippon recherchait une personne parlant français et anglais (couramment) pour aider sur une étude du marché français de l’évènement.

Je n’avais jusque là jamais eu d’expérience au sein d’une compagnie à proprement parler et je ne savais pas si je saurai m’adapter assez rapidement pour ma mission: transcrire une interview d’une heure faite en anglais.

Transcrire ? Il s’agit de mettre par écrit, tout ce qui est mentionné oralement, comme si vous rédigiez le script.

You will be considered as a “short-term intern” and we can only pay an intern 850yen per hour.

Vous serez considéré comme un stagiaire à court-terme, et nous ne pouvons vous payer que 850 y de l’heure.  

 Mon introduction dans l’univers de l’open space 

Je me suis rendue à la tour Atago Green hill pour 9 heures un mercredi, alors que ce jour là, un typhon frappait Tokyo de plein fouet. N’ayant pas froid aux yeux, je suis sortie, chignon serré. Heureusement pour moi, je n’avais pas à obéir au dress code sévère des compagnies japonaises. 

Regarding outfit—you can wear anything you want (concernant la tenue, vous pouvez porter ce que vous voulez)

 You don’t have to wear formal clothes, especially typhoon is coming… (vous n’avez pas à porter une tenue formelle, surtout que le typhon arrive …)

You really don’t need to worry about outfit. Anything is fine! (Ne vous inquiétez pas pour la tenue, n’importe quel type sera bien).

 

J’ai travaillé dans cette tour impressionnante, au 25 ème étage. Quelle vue !

Je suis arrivée dans le hall d’entrée et j’ai appelé mon contact, une japonaise à peine plus âgée que moi mais déjà chef de section. On s’est dirigé vers les ascenseurs, desservant en priorité une partie des étages, par exemple 25 à 35, 35 à 45 etc … pour plus d’efficacité.

La vitesse de l’engin me fit un drôle d’effet aux oreilles, mais je n’ai pas plus eu le temps d’analyser que me voilà à trottiner aux côtés de ma gardienne, qui emprunte les couloirs sans aucune hésitation. Pour entrer dans l’open office de la société, il faut avoir un badge magnétisé ou connaître le code. À mon entrée, la première chose que j’ai remarqué au delà des bureaux alignés, c’est la baie vitrée et la vue vertigineuse sur la ville.

Tous les employés n’étaient pas encore arrivés, le typhon ayant provoqué des ralentissements dans le système de transport ferroviaire. Le long du mur opposé à la baie, des lockers sont alignés. Au fond de la salle, sur le mur, des grandes banderoles sont accrochées avec divers motto écrits en japonais, chinois et anglais: « toujours plus haut », « entraide », « persévérance » …  Mes pas ne font aucun bruit sur la moquette bleutée.

Mission impossible ?

Je suis installée à un bureau. Elle m’explique ma mission, allume mon poste et me voilà fin prête pour une heure d’interview. Je craignais que mon anglais ne me permette pas d’accomplir un tel travail (vous noterez que j’y suis allée au culot). En réalité, je n’ai eu aucune difficulté, malgré un sujet totalement inconnu: les uniques venues (le business de l’évènementiel exceptionnel).

J’avais pour mission de transcrire (et traduire) une interview avec un manager du Bureau des Congrès de Paris. Il fut malheureux pour moi de constater que même à un haut niveau professionnel en France, la maîtrise de l’anglais reste encore un sujet délicat, et bien souvent, je butais sur l’accent terrible de mes compatriotes. Parfois, le français surgissait en plein milieu d’une phrase, et je ressentais la misère de ma chef, ne parlant pas français pour deux sous.

En plus de ce travail, j’avais pour autre mission de traduire les brochures (inexistantes en anglais …) données à cette occasion.

Je n’avais pas réalisé alors l’étendue de ce travail. Même dans mes moments les plus rapides, il me fallait bien une dizaine de minutes pour traiter une minute de document audio. L’emploi de certains acronymes inconnus me firent perdre un temps précieux, le temps que je recherche à l’aveuglette sur Google. Ce n’est que 10 heures plus tard que je lâchais enfin mon clavier: j’avais fini l’interview.

Concernant les brochures, il me fallait revenir le lendemain, pour une matinée d’analyse et de traduction des parties relevant de l’étude de la compagnie.

Alors, cet open office ? 

Les employés sont arrivés progressivement, et se sont mis au travail après s’être salués. L’ambiance de la compagnie m’avait l’air plutôt sympathique, et cette impression s’est confirmée par la suite. Ma chef passait beaucoup de temps au téléphone avec des contacts étrangers travaillant à Hong Kong, Taiwan ou encore en Chine. Les chefs de département et le patron semblaient assez détendus. Le patron tient d’ailleurs un blog très actif sur le site de son entreprise, où il parle principalement de son régime alimentaire et des repas qu’il fait.

Moi en revanche, j’étais loin d’être relax et mon excursion pour aller aux toilettes failli tourner à la catastrophe: je me suis perdue dans les couloirs. Je n’avais pas apporté grand chose à manger, et j’avais trop peur de me perdre encore plus dans le building si j’essayais de trouver le combini. C’est avec endurance et abnégation que j’ai poursuivi ma tâche.

Le lendemain, j’ai assisté à une petite présentation d’un des employés, sur un sujet de son choix (appelé 朝礼 :ちょうれい). Il a parlé pendant 5 minutes de la musique aborigène d’Australie (je ne sais toujours pas comment j’ai fait pour comprendre cela exactement).

Ensuite, j’ai dû me présenter. Imaginez ma panique, quand le patron (vraiment très gentil) s’est tourné vers moi et m’a demandé de faire une petite présentation.

Soudainement, tout mon japonais s’est volatisé, je suis devenue rouge comme une tomate. Ma chef m’a poussée dans le dos, et je ne pouvais pas sauter par la fenêtre, ni courir à la porte de sortie (que je ne savais toujours pas trop comment ouvrir, étant donné que j’attendais à chaque fois que quelqu’un sorte pour l’emprunter).

« Ah, ehm, ahm, Je m’appelle Amelie-Marie, enchanté … de faire … votre connaissance » (ce qui est un peu plus long en japonais, mais je vous épargne). 

 

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

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