Travailler au Japon: l’expérience de l’open space 2

https://www.mori.co.jp/en/office/japan/atagoghmt/

Alors que je pensais cette expérience du bureau à la japonaise être une unique et rare occasion, j’eu l’occasion de retourner à Atago Green Hills … 

L’expérience de l’open office à la japonaise, épisode 2

Un matin de mars, je reçois un nouvel e-mail de la part de la compagnie. Je dois faire cette fois de la recherche de données (et traduire le tout en anglais) sur les TICE dans l’éducation française (l’introduction des nouvelles technologies). Ce ne fut pas une recherche facile, d’une part parce que je n’avais jamais eu l’experience de ce type de travail, d’autre part, parce qu’encore une fois, en France, on est ni les rois de l’anglais, ni des TICE (les bons derniers européens en la matière …).

Une mission d’enfer

Très peu de données, ou alors trop anciennes, peu d’informations pratiques mais beaucoup de beaux discours, et me voilà à suer sang et eau pour remplir mon tableau excel abominable, au mille et une questions.

Ma seule consolation fut alors  que le travail pouvait être effectué de chez moi. Je n’aurai pas à souffrir du clavier qwerty japonais, de la climatisation du bureau ou d’avoir de nouveau à me présenter.

Tout se passa par e-mail et coups de téléphone. Je remplissais lentement (très) mes cases sur les expérimentations de matériel high tech au lycée, les statistiques sur le nombre d’ordinateurs par élève toute école confondue, l’état de l’internet en France, la constitution du programme de l’éducation nationale ou encore la fabrication des manuels numériques.

Après une journée greffée à mon écran, mon cerveau fume, j’avais l’impression d’avoir pris du LSD.

Le retour aux bureaux 

Malheureusement, ma tranquillité fut de courte durée, puisqu’on me rappela aux bureaux, pour me poser des questions. Alors que l’e-mail indiquait que ce ne serait pas nécessaire de me déplacer, je reçus un coup de téléphone quelques heures après, visiblement d’une personne déléguée par mon ancienne chef, me demandant de venir. La conversation fut difficile, entre ma surprise et son accent.

Ce n’est pas une partie de plaisir, que de se rendre à la station Onarimon durant la matinée, même en dehors de l’heure de pointe. Par conséquent, je dus me résoudre à vivre l’épreuve de la sardine en boite sur la ligne Mita, et renonçais à toute idée d’arriver fraiche au bureau.

Dans le hall d’entrée, j’appelle ma correspondante. Elle me dit de monter. Je m’attendais à la trouver à l’entrée. Que nenni. Porte close (rappelez-vous, il me faut un badge ou le code). Je ne pus me faufiler dans les bureaux qu’à l’occasion de la sortie d’un employé.

Moment de flottement. J’attends bêtement, cherchant du regard un visage familier. Enfin une personne semble s’apercevoir de ma présence (et de mon embarras). Embarras qui se poursuivit lorsque je dis que je venais voir Nini-san (note: les noms ont été modifiés). Pas de Nini-san. Tout le monde se regarde, inquiet. J’explique que l’on m’a appelée pour un baito, mais que visiblement je n’ai pas bien compris le nom de mon interlocutrice. Tout le monde s’accorde à dire que dans ce cas, cela doit être Nana-san.

Soulagement, on m’installe à mon précédent bureau et finalement, voilà ma fameuse Nana-san qui arrive, et qui se présente.

Bonjour, je suis Nini-san, enchantée.

Explication: la lecture des kanji de son prénom diffère selon qu’elle soit chinoise (Nini) ou japonaise (Nana). 

Elle me sourit, je lui souris. Je ne savais toujours pas ce que j’étais sensée faire. Elle allume mon ordinateur, et commence à m’expliquer que je dois compléter la première recherche effectuée, en répondant notamment aux demandes de précision et d’éclaircissement, ainsi qu’aux questions additionnelles. Je ne voyais pas tellement d’objection, j’avais pris le coup de ce genre de recherche, et je m’attendais en effet, à ce que mon premier travail un peu brouillon, soit corrigé.

Impossible n’est pas nippon.

Oui, mais. 

OUI. MAIS.

Je me ici dois d’insister.

Tout le fichier excel avait été traduit en japonais. Des questions jusqu’à mes réponses, tout avait été très proprement traduit en caractères japonais, taille 7.

Malgré mes 8 mois dans l’archipel, mon niveau de japonais restait bien trop faible pour une telle lecture – sans compter le temps que cela me prendrait.

Je regarde Nana-san, visage figé.

– Mais … Tout est en japonais.

– Ah … Vous ne pouvez pas lire japonais ?

– Je peux lire des mangas, mais là …

– Vraiment pas ?

– … Si j’étais avec quelqu’un me traduisant les questions …

– Vous connaissez quelqu’un qui parlerait français, anglais et japonais couramment ?

– Euh, non. J’imagine que Google traduction est bien trop imprécis pour ce genre de travail.

– Je vois.

Elle se rendit au bureau du sous chef, ou chef de section (je suis perdue avec les titres). S’ensuit une conversation très courte. Je me demandais ce qu’il adviendrait de ma pomme. Elle revient vers moi.

– Alors, vous pensez pouvoir le faire ?

Je compris alors que, peu importe mon argumentation relative à mes piètres qualité en nippon ou à l’imprécision de Google traduction, ils avaient décidé que c’était possible. Car au Japon, rien n’est impossible. Il suffit juste de le décider.

J’ai renoncé à objecter quoique ce soit, et je me suis attelée à passer du japonais à l’anglais, pour faire des recherches en français que je traduirai en anglais. C’était beau, c’était magique, mon cerveau n’avait jamais atteint un tel niveau de concentration. Mes yeux injectés de sang étaient rivés sur l’écran. Les heures passaient. On me proposa une pause, je refusais. J’avais peur de dérailler en cours de route, de ne plus pouvoir faire l’impossible, que Google Trad disparaisse subitement, m’abandonnant lâchement face à ma tache.  

J’approchais de la fin. Le patron vint me saluer. Il repassa pour me dire que je pouvais aller prendre de l’eau dans le frigo, qu’il avait mis de l’argent pour moi. Je souris sans perdre le fil de ma recherche « alors, quels sont les critères de l’évaluation de l’introduction des TICE à l’école primaire ». Mon ancienne chef s’arrêta à mon bureau pour discuter quelques minutes de mon avancée.

Je copiais collais, traduisais, copiais collais, traduisais de nouveau, je me plongeais dans les onglets du navigateur, je volais à travers les pages excel. Mon cerveau compilait, mémorisait, faisait des liens entre données et questions.

19 heures. Cela fait 10 heures que je suis là, et j’ai accompli ma tâche héroïque. Je vérifie une dernière fois. Soulagement, je n’ai rien oublié.

Je me lève. Les regards se tournent vers moi. Intérieurement, je pète la forme, je suis survoltée. Extérieurement, avec le recul, j’ai probablement l’air d’un cadavre pas frais. Tout le monde insiste pour que je prenne de l’eau. Nana-san discute quelques minutes avec moi. Elle n’en revient pas: je ne me suis pas arrêtée une seule minute. Mais si, mais si, je me suis tortillée sur ma chaise, j’ai massé ma nuque. La pause déjeuner ? Je n’avais vraiment pas faim. Les toilettes ? Je n’avais pas ressenti le besoin d’y aller.

Je sortis du bureau libérée d’avoir abattue le boulot en un jour. Je n’avais vraiment pas envie de me replonger dans les méandres du web français.

Quelques heures plus tard, une fois rentrée, dans ma tête c’était un peu ça:

 

Coup de grâce

Je fus de nouveau contactée par e-mail pour la même recherche, par un nouvel interlocuteur. Il s’excusa poliment du petit cafouillage relatif au document non traduit en anglais, et me demanda de compléter les dernières informations manquantes (soit je n’avais pas réussi à aller jusqu’au bout, soit la traduction de Google avait été trop imprécise). J’avais quelques jours pour le finir, mais je préférais honnêtement le faire au plus vite et quelques heures suffirent pour en faire le tour. Définitif.

Verdict

Que cela soit lors de mes premiers passages ou au second, l’ambiance est toujours aussi chaleureuse. Peut-être est-ce parce que la compagnie emploie peu de monde, ou peut être est-ce parce que les employés sont japonais et chinois. Dans tous les cas, ils se parlent beaucoup, circulent entre les bureaux, prennent des pauses. Les chefs parlent à tout le monde.

Les horaires de travail me semble assez flous. Ils ont l’air libre d’arriver le matin quand ils le souhaitent, mais restent pour la plupart au delà de 19 heures.

Nana-san s’est fait réprimandée au cours de la journée, mais elle n’a pas été humiliée publiquement (comme le vit régulièrement mon Nippon) et finalement, si elle était embarrassée par le discours un peu moqueur du chef de département, elle s’en est vite remise.

Les employés doivent maîtriser plusieurs langues, leurs interlocuteurs étant des clients de toute  l’Asie. J’ai pu échanger avec le patron sur son expérience d’étudiant en échange international, et sur ses quelques connaissances du français.

J’y retournerai volontiers, mais avec l’espoir d’avoir un tâche un peu plus intéressante.

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

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