Professeur de français au Japon

Professeur de français au Japon, une expérience enrichissante, un complément financier, mais difficilement un gagne-pain

Tous ceux qui ont pensé un jour à faire un visa vacances-travail au pays du soleil levant le savent : un des seuls arguments vendables auprès de l’ambassade en terme d’emploi est l’enseignement du français.

Avec la précision notable que si vous n’avez pas de diplôme FLE vous pouvez difficilement avoir la prétention d’inscrire « cours de français », vous cantonnant donc dans la case « conversation de français »).

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Alors, professeur de français à Tokyo, ça marche ou bien ?

Les échos que j’avais en la matière n’étaient pas positifs : trop d’étrangers, trop de professeurs, trop de compétition, pour un public rare favorisant l’anglais.

Concrètement, ça se passe comment ? 

Une fois inscrite sur les différents sites, en vérifiant régulièrement la mise à jour de mon profil, j’ai attendu la prise de contact. Bien entendu, les sites affichant les élèves permettent aux professeurs de prendre contact, mais je n’ai jamais eu aucun retour par ce biais.

Mes cours se sont presque toujours déroulés en extérieur, pour des raisons pratiquesculturelles (les japonais feront difficilement rentrer un étranger chez eux), et de sécurité. Vous rencontrerez souvent votre élève à la sortie de ses activités (cours, boulot …).

Je suis arrivée en août, j’ai ouvert mon business – sous entendre, je me suis inscrite aux multiples sites de mise en relation professeur / élève – fin septembre. Certains valent le détour, d’autres sont payants et ne rapportent rien, d’autres encore, ne payent pas de mine mais fournissent finalement un retour plutôt positif. Il ne suffit pas de s’inscrire : la procédure va de la présentation détaillée à l’envoi des documents officiels de votre statut au Japon et éventuellement des copies de vos diplômes.

Ensuite, il faut décrire précisément ce que l’on propose: cours particulier complet, conversation, préparation aux examens, culture … J’ai abordé cela de manière très sérieuse (peut-être trop, mais loin de moi l’envie de voler le temps et l’argent d’un élève qui recherche un type de cours particulier) et j’ai annoncé clairement mes compétences, la manière dont j’envisageais d’enseigner, avec quel matériel.

Il faut savoir s’évaluer en sachant qu’en moyenne un cours (1h) va de 1500 yens à 3000 (avec variation: transports compris ou non, boissons – si dans un café – comprises ou non …). L’avantage du diplôme FLE  – et même si entre nous, c’est un peu de l’esbroufe, un enseignement théorique laissant toujours l’étudiant désemparé face à la réalité du travail – est de pouvoir prétendre à un salaire correct. Sans les diplômes d’enseignement, ou de langues, vous pouvez difficilement viser la fourchette haute (à moins d’avoir de l’expérience et d’être sûrs de vous).

Le genre joue dans votre public (soyez averti!)

Dans les profils de mes élèves : un patron qui possède sa boite de tourisme de luxe, un avocat d’affaires, une mère et sa petite fille, un gérant de café, un ingénieur, un architecte, quelques étudiants. La difficulté est toujours d’établir un courant, et de pouvoir satisfaire leurs besoins en s’adaptant à leurs objectifs. Si vous n’êtes pas sûr de vous, pas passionné par l’idée d’enseigner ou que vos cours ne tiennent pas la route, vous perdrez votre temps et très vite, vos étudiants.

Les japonais sont des clients très sérieux, qui recherchent, sélectionnent avec attention, et qui n’hésitent pas à faire des retours sur les professeurs avec qui ils ont eu des cours (sous entendre: votre réputation peut être ruinée).

  • 3000 yens: les gens qui travaillent, qui ont les moyens ou le temps
  • 1500 / 2000: les étudiants

Je ne m’attendais pas à avoir un afflux si positif d’élèves les premières semaines. Il est tout à fait possible d’avoir une quinzaine, voir une vingtaine d’élèves.

Mais alors, pourquoi ce feedback frileux (sur le statut de professeur particulier)? 

Selon mon expérience, ce n’est pas avoir des étudiants qui est difficile. C’est bien d’assurer un service (parce que c’est bien de vouloir enseigner, encore faut-il en être capable), d’assurer un service qui plaise à vos étudiants et enfin de réussir à gérer les us et coutumes de l’enseignement au Japon. Enfin, il faut comprendre que c’est une sacrée perte de temps pour votre découverte du Japon, l’apprentissage de sa langue ou toute autre activité.

 

Perte de temps: être professeur de français à Tokyo, c’est courir à droite, à gauche 

Enseigner, c’est être amené à crapahuter dans Tokyo autour de certaines stations que vous avez prudemment délimitées pour ne pas vous laisser dépasser par le temps de déplacement ainsi que le coût du transport. C’est être prêt à vous lever tôt (pour ceux qui souhaitent avoir des cours à 7h ou 8h avant le travail), à travailler tard (pour ceux qui veulent des leçons après le travail), à travailler n’importe quel jour. C’est aussi du temps de préparation chez vous. Ce temps est décousu et nuit particulièrement à tout travail scolaire ou universitaire que vous pouvez avoir en parallèle – où à votre vie sociale. 

Être un féru de grammaire: être professeur de français à Tokyo, c’est aussi assurer des (vrais) cours

Vous voilà inscrit, heureux de recevoir vos tous premiers messages, puis les premières rencontres. Et là patatrac, comment enseigner (captain obvious passe par ici) ?

  • comment expliquer les modes temporels, alors que la langue japonaise ne connait de « temps » que le passé et le non passé ?
  • comment diable faire comprendre le subjonctif ? le conditionnel ?
  • comment expliquer le féminin et le masculin quand le japonais ne connait pas le genre ?
  • les articles ?
  • les possessifs ?
  • comment enseigner si vous ne parlez pas japonais ni anglais, ou si votre élève ne parle pas anglais ou n’a que des bases rudimentaires de français ?
  • comment enseigner à un enfant ? à un professionnel ?
  • comment enseigner quand votre élève ne comprend rien (mais fait mine de comprendre ?)

La liste est infinie, et chaque nouvel étudiant est une nouvelle occasion de se débattre avec ces interrogations. J’ai été tour à tour motivée, dépassée, découragée, motivée de nouveau, puis blasée. J’ai beau avoir eu toute la motivation du monde, à lire des articles, découvrir des méthodes, à faire des leçons en m’inspirant de leçons existantes, à utiliser des documents audio, vidéo, authentiques, ce n’est ni tout le savoir du monde ni internet qui vous confère la fibre pédagogique. Pour moi, c’est le plus dur: ce tâtonnement pour faire passer le savoir, alors que j’y mets toutes mes forces et que ça rate.

Les étudiants savent ce qu’ils veulent: être professeur de français en vitrine

Vous vous dépêtrez avec des questions existentielles sur votre vocation ? C’est bien. En attendant, vos étudiants se font la malle, ou les premières rencontres font choux blancs.

Dans votre lot d’expérience, vous allez forcément tomber sur celui qui, dès le premier quart d’heure de cours, décide que vous n’êtes pas ce qu’il recherche. En général, le spécimen est très précis dans ses questions (du genre à vous demander de réciter votre subjonctif), et attend de vous que vous soyez grammairien et traducteur automatique. Vous n’y pourrez rien, le nippon apprend les langues étrangères à coup de grammaire et de traduction systématique.

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Gérer les us, les coutumes et puis, les humains (aussi)

Vous voilà avec vos premiers rendez-vous. Et vous êtes un peu angoissé. C’est normal. En plus de gérer un lieu inconnu (je vous conseille vivement de rester sur des territoires déjà explorés, et de faire une reconnaissance des lieux), vous devez gérer une interaction avec une personne ayant une autre culture (dans une autre langue, le plus souvent). 

On le sait, les japonais et le respect c’est tout une affaire. Arriver à l’heure, être prévenant, faire attention si l’on vous donne une carte de visite (extension de l’individu au Japon) … Soyez aussi clair avec ce que vous attendez (salaire, ce qu’il inclut, vos horaires). Laisser de l’incertitude dans une relation avec un élève, c’est risquer la débâcle (celui qui part en oubliant de vous payer, celui qui s’attend à 1h30, celui qui vous embarque dans un lieu inconnu, celui qui pense pouvoir baisser votre salaire …).

Et puis, de votre côté, vous pouvez aussi tomber sur l’élève que vous n’appréciez pas. Que cela soit en raison de ses propos, ses manières ou attitudes. Si vous ne pouvez pas encaisser, vous devrez couper les ponts (gentiment, proprement, définitivement).

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

3 Comments on Professeur de français au Japon

  1. Oh, oui, j’imagine que ce n’est pas le petit job sympa que s’imaginent les working-holiday qui débarquent…
    Pour ma part, j’ai été prof particulier dans mes spécialités (les sciences), et ça s’est très bien passé. En revanche, j’ai tenté, une fois, de donner des cours d’Anglais, et, bien que j’aie un bon niveau… ce fut une catastrophe ! J’avais honte qu’on me paye pour cela !
    Du coup, ce n’est vraiment pas dans mes objectifs de donner des cours de Français au Japon… excepté en dernier recours…

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  2. Je crois que pas mal de WHV que j’ai croisé sont passés par cette case. Peut-être que je suis vraiment stressée par mes cours, car beaucoup ont l’air plutôt détendus sur le sujet :). Je comprends tout à fait cette honte, c’est bien pour cela que je trouve cette activité difficile. Peut-être est-ce « propre » aux langues d’ailleurs. Je suis pas particulièrement douée en sciences mais j’imagine que par l’explication et la pratique on peut « transmettre » le savoir. Un cours de français, si ton élève n’apprend pas son vocabulaire, ne lit pas bien les documents, ne comprends pas un point de grammaire, tu es vite dépassé xD. Par contre, la « conversation » offre une alternative sympa je pense, d’autant que tu peux pratiquer soit en particulier soit par le biais de café langue (Mickey House ou autre …). Par contre question salaire, c’est de l’exploitation !

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  3. Je n’ai pas testé à l’étranger, mais je pense qu’enseigner les matières scientifiques est plus simple que les langues. Contrairement aux langues, les mathématiques (par exemple) sont universelles… on peut aisément se faire comprendre par des exercices ou uniquement en écrivant les équations. Quand tu vois que certains élèves français ne comprennent qu’en faisant les exercices, je me dis que je pourrais bosser avec une extinction de voix, ce qui t’est interdit ^^
    Bon courage avec tes nippons en tout cas !

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