Vivre au Japon: être malade au Japon, ce n’est pas une sinécure

L’expatriation au delà de la joie du départ et l’impatience de l’expérience, impose de passer par des étapes moins passionnantes.

Parmi celles-ci, l’immanquable recherche d’un assureur couvrant vos arrières de manière assez large: problèmes de santé (maladie, accident, rapatriement) auxquels s’ajoute la responsabilité civile (dommages et intérêts), frais de recherche en cas de catastrophe, et autres menus détails à choisir soigneusement selon votre destination.

Le site Pvtiste.net a fait un excellent comparatif, régulièrement actualisé, des contrats d’assurance pour les Visa vacances – travail (et les autres aussi). Les ambassades françaises fournissent le plus souvent une liste de médecins parlant français, éventuellement anglais pour les capitales et les plus grandes villes, ainsi qu’une liste des hôpitaux les plus accessibles.

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Alors que j’ai affronté la Turquie, la Russie et l’Ouzbékistan, pays aux conditions sanitaires pas toujours glorieuses, je suis systématiquement tombée malade … au Japon. J’ai alors constaté qu’avoir une assurance est une chose, se faire soigner à l’étranger, c’en est une tout autre.

Une des observations que l’on peut relever au pays du soleil levant, c’est une médecine considérant encore la maladie comme une preuve de faiblesse mentale, la douleur comme une faiblesse psychologique, et soigne quasi systématiquement avec des antibiotiques.

Il suffit de faire un rapide tour sur le forum France-Japon.net, ou simplement une recherche Google (français et anglais), pour constater les doutes et les mauvaises (très mauvaises) expériences des expatriés au Japon, souvent perdus face à un système différent et complexe.

Par ailleurs, l’accès en rendez-vous normal est très difficile. Il faut vraiment appeler au bon moment pour pouvoir obtenir une tranche horaire de passage, tandis qu’un médecin va très rapidement vous examiner. La dernière fois que le Nippon a été malade, il a finalement renoncé, après avoir appelé 4 cliniques. 

Enfin, les virus et autres joyeusetés sont relativement résistantes dans l’archipel, conséquence de l’abus d’antibiotique, ce qui fait des étrangers des victimes idéales. Les médicaments sont différents et leurs posologie aussi, ce qui en perd plus d’un. Beaucoup nécessitent aussi une ordonnance.

  • Un tour en ambulance, les urgences de Shinjuku
Direction hôpital de Shinjuku !

Direction hôpital de Shinjuku !

En 2012, je fais un oedème au cou. En France, ce n’est pas le genre de réaction avec lequel on plaisante. Je compose le 119. Très rapide, la kyuukyuusha arrive en bas de la rue en moins de 2 minutes. On me met sur une civière. L’ambulancier très prévenant me demande à chaque manipulation s’il peut se permettre de me toucher. Arrivée à l’hôpital de Shinjuku, je suis envoyée aux urgences, où l’on me pose des questions, traduites en anglais par le Nippon.

 Avez-vous des allergies connues ? Qu’avez vous mangé ? Avez-vous fait une activité sportive ?  Pris un médicament ?

Prise de sang, et enfin, on me place sous corticoïdes. À l’arrivée des résultats, et comme bien souvent avec les réactions allergiques, aucune explication ne peut être apportée. Mais le médecin ajoutera tout de même que c’était sans doute « une réaction nerveuse, une cause psychologique » et que ce n’était « rien du tout ».

Si le tour en ambulance était gratuit, le passage par les urgences, les examens et les médicaments auront eu la note salée de 24 000 yen. Je serai remboursée intégralement en France, mais uniquement à mon retour sur le territoire, après avoir fait un beau dossier pour la sécurité sociale étudiante. 

Cette fois-ci c’est en raison d’une infection urinaire que j’ai du prendre rendez-vous. Après avoir essayé une clinique française qui ne pouvait me trouver un créneau rapidement, j’ai obtenu le jour même un rendez-vous avec un docteur américain. La clinique était vraiment très accueillante et les employés parlent plusieurs langues, atout appréciable, car, même avec des bonnes bases en japonais, lorsqu’on touche à la santé, cela devient vite délicat.

Service parfait, mais là encore, on se rappelle qu’en France, on est chanceux: rendez-vous et examen, 18 000 Yen, 3 comprimés antibiotiques 6000 Yen. Remboursement sur territoire français.

Le Nippon est tombé sur son bras. Le lendemain, la douleur n’étant pas passée, il s’est décidé à faire le tour du bottin pour trouver une clinique ayant un créneau (ce fut sportif). Finalement, il fut accepté à la clinique de Shin-okubo entre 12 et 14h. C’était un dimanche, donc un médecin non spécialiste tenait la boutique, et après un passage à la radio, il lui déclara « il n’y a rien, votre douleur doit probablement être psychologique« . Il lui prescrivît des antidouleurs pour 3 jours.

  • La maladie et l’automédication: la pharmacie japonaise

Finalement, fin 2013, j’écopais d’un combo redoutable de rhume, angine, otite (la trinité ORL). Malgré mon assurance, je n’avais vraiment pas envie de passer par une étape antibiotique et encore moins par une étape « envoi de dossier de remboursement ».

Je me suis auto-médicamentée en suivant les règles de base à savoir demander conseil au pharmacien, ne pas se sur-médicamenter n’importe comment, et en cas de non amélioration, prise de prendre rendez-vous. Par ailleurs, internet regorge de recette maison de soins (à condition de prendre des soins au pire inoffensifs pour votre santé).

Il est possible de combiner les immanquables de la médecine occidentale avec les médicaments Kampo, tirés de la médecine traditionnelle chinoise, par exemple le bakumondoto pour la toux.

Ce système D a très bien fonctionné, les pharmaciens japonais étant assez à votre écoute et les recettes naturelles faisant leurs preuves, notamment à base d’huiles essentielles (qu’on trouve difficilement en vente libre au Japon, mais aisément sur la plateforme amazon.co.jp).

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  • La grippe

En janvier, Tokyo a vu passer une épidémie de grippe d’un haut niveau. La première atteinte, je me suis écroulée avec 40°C de fièvre, entrainant le Nippon dans les heures qui suivirent. Finalement, après une journée dans cet état vraiment désagréable, nous nous sommes décidés à appeler les urgences, afin de couvrir toutes nos possibilités.

« Depuis combien de jour ? Combien de fièvre ? 

Cela ne dépend pas des urgences. Le mieux est de boire du pocari sweat et d’attendre. Vous pouvez éventuellement prendre rendez-vous demain« .

Le rapport entre la maladie et la faiblesse d’un individu pose problème à plusieurs niveaux. En premier lieu, les japonais iront travailler, même à l’article de la mort. Jusqu’au bout, ils se pousseront alors qu’ils sont malades. Ils portent alors les fameux masques blancs, afin de ne pas contaminer les autres.

En second point, le fait de céder le pas face à une bonne crève amène opprobre et culpabilité. C’est faire preuve de faiblesse.

En dernier lieu, de tels jugements proviennent aussi du corps médical, posant un regard dur sur la perception de la douleur (l’idée étant que la douleur résulte de votre mental).

La psychologie est en transition dans le pays, est aussi encore sujet à de nombreux préjugés et à des difficultés de développement. Le soin des maladies mentales est en deçà des niveaux occidentaux.

Le Nippon, même baroudeur et ayant découvert d’autre culture, pose par moment un regard très dur sur la maladie.

Paradoxalement, la longévité au Japon est exceptionnelle.

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Depuis 2015, chargée de communication pour une école de Japonais (Coto Language Academy), j'assiste les élèves dans leurs démarches pour venir étudier au Japon!

5 Comments on Vivre au Japon: être malade au Japon, ce n’est pas une sinécure

  1. Impressionnant !
    Et, évidemment, tout étranger qui débarque chopera tous les virus qui passent… je sens que ça va être amusant (^_^;)

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    • Peut-être qu’une cure de vitamines avant de partir suffit à éviter les pires crèves. Je sais que dans les premières semaines sur le territoire je chope le premier truc qui passe. Avoir une petite pharmacie avant de partir est indispensable ^^ ».

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  2. très très intéressant!

    l’accès au soin au Canada est assez lamentable (je n’ai jamais attendu moins de 3h pour un consultation d’à peine 2 minutes). Pas assez de médecins… Mais l’approche de la médecine est « occidentale » donc il n’y a pas cet aspect « c’est dans ta tête ».

    Ta conclusion sur la longévité des Japonais fait réfléchir parce que du coup, je me demande la part réelle jouée par le « mental », et la vision qu’on a de la maladie (au sens large).

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    • Je me pose exactement la même question. Ces dernières semaines, j’ai regardé pas mal de films et de séries télés japonaises, et ça donne un panorama un peu approximatif de la réalité. La maladie y est toujours vu comme affrontement entre le mental et un corps récalcitrant. La maladie chez les femmes est perçu réellement comme une faiblesse de constitution (cela me fait penser au XVIII ème en Europe). Pauvres petites choses que nous sommes. Côté hommes, il faut encaisser, encaisser et encore encaisser. Tu peux craquer si tu es à l’article de la mort et que tu t’écroules sur le chemin de ton boulot / école / meeting. Quelle abnégation ! Quel sens du devoir ! Du coup, je pense que, d’une certaine manière en effet, la résistance mentale est une force face aux maladies graves. Malheureusement j’ai du mal à trouver de la documentation.

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      • ce que tu dis sur les femmes me fait penser à un autre de tes articles sur le statut des femmes au Japon (je pense particulièrement à une citation sur les règles…).

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