Apprentissage des langues: langue étrangère et culture

Chaque langue voit le monde d’une manière différente.

aurait dit Federico Fellini

L’une des conséquences positives de la mondialisation, c’est bien cette mise en contact de plus en plus jeune, avec une – des – langue(s) étrangère(s).

Je me remémore avec chaleur mes petits cahiers d’anglais rédigés à partir des livres de la médiathèque où j’allais avec ma mère tous les mercredis. Je suis incapable de dire si à l’époque, je comprenais la signification de ces mots étranges. Je devais avoir 6 peut-être 7 ans, et mon plus grand plaisir était d’écouter les K7 – puis les CD, qui y étaient associés. La comptine de la fée mélodie, apprendre à compter avec Mickey, voilà mes premiers pas dans l’univers anglophone.

À l’école primaire, nous faisions partie d’une classe d’expérimentation pédagogique. L’année de CE2 était égrenée de petits enseignements d’allemand.

Durant le CM1, le vendredi après-midi, nous apprenions l’espagnol.

Seule impression de l’époque, gato chez les hispaniques signifie chat, ce qui alors m’avait bien fait rire. Le CM2 est l’année du changement, l’anglais remplacera le castillan, avec un peu plus de mise en place. Le peu de substance des enseignements ne me laissera aucune marque. Je ne fais même pas le rapprochement avec mes cahiers des expériences médiathèque.

Le collège, c’est l’âge sérieux de l’apprentissage d’une langue étrangère. Si j’ose dire, ces 4 années sont critiques dans l’amour qu’un enfant peut développer à communiquer dans une langue autre que sa langue maternelle. C’est une course d’endurance pour des gamins, qui s’ils se prennent une sacrée gamelle – ou plusieurs, se remettront difficilement du retard accumulé – et du dégout né de celui-ci.

A priori, je commençais avec des casseroles en ce qui concerne l’anglais.

Mon professeur de l’époque me terrifiait. Des rumeurs de lancer de poubelle à travers la classe circulent dans le bahut… Les yeux perçants du professeur me clouaient sur place lorsqu’ils se posaient sur ma personne. J’avais de plus, la chance inouïe d’être au deuxième rang, à gauche, pile en face du bureau. Autant dire un canard dans un champ de tir.

Il semblait que, malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à atteindre ses attentes, et mes oreilles sifflaient à chaque devoir sur table. Le latin me semblait à côté, une bénédiction. On applique soigneusement les règles, on apprend ses tables et on ne se débat pas avec un accent à maîtriser.

Deux années plus tard, la lanceuse de poubelle partie en dépression, je m’éveillerai en anglais, sans trop comprendre (la côte de popularité du latin prendra un sacré plomb dans l’aile, parce que bon, Gladiateur c’est en anglais).

En parallèle, j’apprends le russe.

Parmi les choix multiples et cornéliens qui m’étaient donnés – italien (90% de filles), l’espagnol (70% de l’établissement), l’allemand (quelques malheureux dont les parents sont encore persuadés qu’une bonne éducation passe par la maîtrise du guten Morgen), c’est le russe qui l’emporta, avec le choix de mon professeur, cet ange.

C’était à la fois par attirance, à la fois par stratégie. Avec une moyenne de 13 élèves par cours, j’avais la certitude de ne plus vivre l’humiliante participation orale devant 30 petits couillons hilares.

Je découvris alors le bonheur que la communication dans une langue étrangère apportait: accès à plus de livres, communication codée (mon professeur de mathématiques doit encore me maudire pour tous les mots interceptés en classe), frime, accès aux paroles des musiques étrangères.

Ce fut le début d’une histoire d’amour.

Je m’inscrivis à la classe d’espagnol, pour lequel je n’ai gardé que mon affection émerveillée.

Je tentais de me lier d’amitié avec les germanophones (mais la vue de leur livre de travail me fit renoncer), et enfin, je me mis au Japonais. En cours de philosophie bien sûr, parce que bon, la philo c’était sympa, mais il fallait que je m’occupe.

Le Japonais fut une terre qui longtemps me resta fermée.

J’ai essayé, d’année en année d’en ouvrir les portes, mais à peine les syllabaires maladroitement maîtrisés, que j’abandonnais.

L’université fut une déception sans faille concernant les langues. Malgré les promesses d’accès aux cours de la faculté de langue, cela se révélait impraticable. L’anglais est médiocre, conséquence de l’inégalité de niveau des étudiants.

Je partis en Turquie quelques mois dans le cadre d’un échange Socrate. Ma méthode Assimil en main, j’étais convaincue d’un apprentissage rapide de cette belle langue, le turc. Tristesse encore aujourd’hui, de n’avoir pas pu, vraiment, en garder quelques miettes.

Je me suis intéressée un temps au Moyen Orient et eu (ai toujours) envie d’apprendre l’arabe. Je reprends le chemin d’une licence avant de partir en courant, face au chaos causé par les étudiants, totalement désintéressés.

Je me tourne vers la Russie, ma bonne amie, avec qui j’ai honte d’avoir coupé les ponts. Me voilà à Moscou, au milieu des chinois, des autrichiens, des bulgares, des polonais, des coréens et des japonais (entre autres).

C’est un bordel pas possible dans les couloirs de la résidence, mais c’est aussi un meelting pot des langues dont l’on ne peut sortir qu’enrichi de certains codes.

Une langue n’est pas seulement un outil, un mode de communication, c’est une vision du monde. Parce qu’on n’envisage pas le monde de la même manière en Asie, en Europe ou en Amérique Latine, le sens n’est pas le même. Une traduction sans la culture, sans l’échange avec l’autre ne vous apportera rien. Elle sera, au pire erronée, au mieux incomplète.

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

8 Comments on Apprentissage des langues: langue étrangère et culture

  1. Très juste ! Hélas, l’enseignement en France n’aborde jamais ce point crucial…

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    • Merci de votre intérêt.

      En effet, je pense que l’éducation française est en retard en ce qui concerne les langues étrangères. L’offre et la qualité de l’enseignement restent inégales selon les établissements, il est tardif, et c’est vraiment dommage.

      Concernant les autres pays, je ne suis pas totalement au fait non plus des politiques éducationnelles, mais j’ai rencontré beaucoup d’allemands et d’autrichiens ayant dès la fin du secondaire, la maîtrise d’une, voir deux langues étrangères.

      En Asie (Chine, Corée du Sud, Japon), l’enseignement de l’anglais, du français, du russe ou encore d’une autre langue asiatique se fait relativement tôt (dans un esprit de compétition assez violent, c’est le bémol).

      Je suis fermement persuadée que les langues devraient s’acquérir dès l’école primaire, où l’enfant est capable de prodigieuses capacités cognitives.

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      • Et même avant, dans l’idéal, même si, dans la pratique, ce n’est pas applicable…
        Il serait intéressant, aussi, de favoriser l’immersion, comme c’est le cas en Suède, me semble-t-il, où de nombreux programmes en Anglais sont diffusés à la télévision.

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      • Pour aller au coeur du sujet, chaque langue a sa phonologie propre (en français le « on », le « an », « ein ») qui s’acquière dans la petite enfance et difficilement assimilable nativement plus tard (les japonais galérent monstrueusement avec « in » et « an » qu’ils ne différencient pas). On a démontré qu’un jeune enfant peut apprendre 2 voir 3 systèmes phonologiques différents sans être plongé dans la confusion. Il est capable de différencier les 3 systèmes (phonologie, grammaire…). L’inconvénient mis en avant dans les études est le frein au développement cognitif (en réalité, si l’école était plus adaptée à l’élève comme Montessouri, le problème disparait).

        C’est en effet au plus tôt que les parents peuvent au moins transmettre la phonologie (par l’écoute de CD justement), sans aller jusqu’à débuter un bilinguisme. Plus le contact est tôt, plus l’acquisition sera aisée.

        Les pays nordiques sont les champions en ce qui concerne l’anglais. Pour être passée par une résidence étudiante danoise, j’ai halluciné de voir le niveau des langues des uns et des autres (aucune comparaison avec une résidence en France).

        Pour l’anecdote tokyoïte, j’ai croisé dans les bains douches de la piscine où je me rends, des enfants d’expatriés qui se rendent à l’école internationale de Tokyo. Des petits bouts de chou de 6 à 8 piges qui passent du japonais à l’anglais sans soucis, voir à l’espagnol avec la nourrice, ce quelque soit l’origine (il y avait une petite chinoise, deux françaises et une gamine qui m’avait tout l’air d’être germanophone!).

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  2. Excellent article! La manière dont tu décris l’expérience d’apprendre une nouvelle langue (le choix, le processus, les professeurs, l’envie de découvrir des nouveaux horizons) m’a rappelé ce que j’ai vécu lorsque je faisais mes cours de langues. Je suis complètement d’accord avec ta conclusion, et je voudrais ajouter le fait que leur apprentissage permet aussi de développer la compréhension entre les personnes: c’est une très bonne méthode pour susciter la tolérance, le respect et la convivialité avec d’autres cultures.

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  3. Bonjour,
    merci beaucoup de ton intérêt, je suis toujours ravie d’échanger à propos des langues étrangères et de leur apprentissage.
    En effet, je n’en avais pas parlé, mais lorsque je faisais des études de FLE (le français enseigné aux étrangers), nos cours parlaient beaucoup de cette porte d’accès à la tolérance, au respect et à la possibilité du « vivre ensemble » entre culture. Tant que l’autre nous reste incompréhensible, sa langue inaccessible, on ne peut qu’être méfiant.

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  4. Je suis moi même une grande fan des langues étrangères. Alors ton article et tes différentes histoires d’amour avec les langues m’ont bien plus et fait sourire.
    Le coup de foudre a eu lieu très tôt entre l’Anglais et moi, lors des cours auxquels mes parents m’avaient inscrits quand j’avais 7/8 ans.. et puis le bonheur de découvrir des films (VHS) en Anglais, de traduire les paroles de mes chanteurs préférés… Après un an passé en Angleterre nous sommes toujours en parfaites relations tous les deux 😉
    L’allemand (je vois que tu l’aimes très peu :p) a été ma première langue au collège (région limitrophe, etc.) .. mais j’ai seulement pris grand plaisir à l’apprendre lors de mes années de facs (LEA)…
    Puis 2 ans de polonais et un an d’espagnol…. voilà, je suis toute rêveuse …
    – j’ai bien raconté ma vie, bonsoir –

    Mais sinon je suis tout à fait d’accord, le plus important est de comprendre qu’une langue, c’est tout une manière de penser et de vivre… et c’est ça le plus beau, le plus excitant dans l’apprentissage ! Apprentissage, qui comme dit plus haut, n’est pas le meilleur en France.. l’immersion prolongée dans un pays fait des miracles ..

    Bravo pour ce bel article, et ton blog !

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    • Aaaah, traduire les chansons … Je crois que c’est bien plus cela qui m’a fait mémoriser le vocabulaire, que les cours du collège !
      L’allemand et moi c’est une histoire de frustration. Je trouve cette langue très belle (malgré l’humour internet sur le sujet!) mais je n’ai jamais réussi à m’y mettre.

      2 ans de polonais !? Wahou, ce n’est pas commun. J’aime beaucoup cette langue aussi, mais je me rappelle juste de dobrze (très utile :p).

      Merci beaucoup, je renvoie le compliment d’ailleurs !

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