L’Ouzbékistan: récits de voyage (2)

Place - Tachkent. Grand espace.
De la France à l'Ouzbékistan

De la France à l’Ouzbékistan

PARIS – TACHKENT

En voyage, le maître mot est l’imprévu. Aussi maniaque, aussi amoureux du contrôle que l’on puisse être, il faut se rendre à l’évidence.

Si vous passez le pas de porte pour une destination lointaine, il ne sert à rien de lutter contre les courants qui vous balloteront.

Imprévu

  1. Qui n’a pas été prévu
  2. Événement auquel on ne s’attend pas

Ayant pris le train de Nantes à Charles de Gaulle, ma sérénité s’envole à peine ma main posée sur le comptoir de la compagnie Air Baltic.

L’intelligence humaine est souvent mise à mal par les systèmes informatiques et j’ai croisé la route de nombreuses machines s’obstinant à faire fi de toute logique. On m’a gentiment expliqué que ma valise était enregistrée pour tout le trajet, c’est-à-dire mon escale à l’aéroport de Riga incluse. Par contre, qu’en ce qui me concernait, il me faudrait demander mon billet pour Tashkent lors de celle-ci.

Je suis consciente des limites des compagnies aériennes bon marché, à qui l’on demande simplement le transport d’un point A à un point B, mais je reste toujours interloquée face aux couacs qui découlent de la piètre qualité de leur service.

Ma nervosité s’en est allée croissante, je dois dire, après les contrôles de sécurité. Les agents ont fouillé jusqu’au moindre recoin mon sac de cabine, sous-entendant sans doute par là que j’avais l’air d’une potentielle terroriste avec mon coupe-ongle, mon gel pour les mains et mes barres de céréales. Soit dit en passant, les pires contrôles que j’ai affrontés ont été tenus à Paris. Et je suis passée par des aéroports russes…

Mon arrivée à Riga apporta son lot de surprise, les pays Baltes vous accueillent déjà avec un choc culturel. Après une demi heure de dur labeur, allant de guichet en guichet, je finis par savoir comment obtenir mon second billet. Je compris après avoir baragouiné en russe qu’il fallait sortir de la zone de transit, et rentrer par la partie départ.

Ce faisant je m’infligeais une deuxième dose de contrôle de sécurité, de file d’attente et d’enregistrement. Je dois dire, qu’avec une logique sans pareil cette fois-ci, ce fut le cas de ma valise partie en solitaire qui perturba les employés. Une dizaine minute de regards suspects plus tard, grands sourires on m’annonce que l’ordinateur n’a plus toute sa tête, je peux me rendre à mon avion.

L’excitation monte, je suis au milieu de russophones, je sens les effluves de sueur, d’alcool et des chocolats des zones de Duty Free. Uzbekistan Airways, la compagnie nationale, offre un confort relatif mais lorsqu’on roule sa bosse, 6 heures d’avion deviennent tolérables.

À peine descendue de l’avion, et aussi fourbue que je pouvais l’être, j’ai été à deux doigts de hurler qu’ils me réembarquent sur le prochain vol pour Paris. J’en aurai mordu une hôtesse.

L’aéroport, mélange de vétuste et de neuf, à moitié construit et déconstruit, en réhabilitation permanente, est chaotique. Emmenés en bus, les passagers sont lâchés dans un couloir sale et la chaleur ambiante soudain me saisit, moi qui suis venue en bottes n’ayant entendu parler que des rudes hivers de l’Asie centrale. Le couloir glauque mène aux cabines de contrôle d’identité agencées en défiant les lois de la géométrie. Le management de l’espace n’a pas encore fait ses preuves en Ouzbékistan.

Le sésame apposé sur le passeport, vous faites quelques pas vers ce qui représente le cauchemar de tout voyageur épuisé.

Dans cette grande salle de marbre, résonnent des éclats de conversation, des rires, des pleurs des enfants, les cris des gardes et les ronronnements des 3 tapis à bagage, non numérotés, autour desquels s’agglutinent des grappes d’Ouzbeks, de Russes, avec leurs chariots à bagages. Les chariots sont indispensables tant les nationaux revenants au pays ont d’affaires avec eux. Je compte parfois plus de 3 chariots remplis par famille. Valises, sacs de voyage, mais aussi sacs de courses emmaillotés dans du plastique, se bataillent à l’arrivée sur les tapis souffletants.

C’est le joyeux bordel, pardonnez moi l’expression, elle est bien trop appropriée pour que je ne m’en passe. Le chaos matériel semble entrainer une confusion totale des individus qui se poussent, se disputent autour des chariots percutés, renversés, volés.

À ce stade, j’étais perdue, je ne comprenais rien (l’anglais étant absent et le russe des lieux étant très rudimentaire). J’avais eu la présence d’esprit de me renseigner sur les formalités d’entrée. Je savais qu’il me fallait trouver une attestation, et la remplir en deux exemplaires. En trouver une qui ne soit pas déchirée ou déjà annotée, à l’abandon sur un des comptoirs pris d’assaut tint du sport de haut niveau.

Il me fallu du temps pour trouver de nouveaux formulaires, du temps pour trouver de l’espace où écrire (après avoir été évincée de mon bout de table par une charmante bonne femme), et du temps pour comprendre ce que diable je devais écrire.

Le nez enfin sorti de la paperasserie, je souffle, entrevoyant le début de la fin. Qui s’avéra être bien loin, à la vue des longues, très longues, incroyablement longues files s’alignant devant les bornes de contrôle des bagages. Le cauchemar dura plus d’une heure trente, durant laquelle j’ai prié très fort ne pas avoir raté le coche sur les fameux papiers. Chaque bagage est scanné, voir ouvert si les gardes le jugent nécessaire. Je devenais matteuse, calculant le ratio bagage / personne temps de contrôle / bagage …

J’y appris une première règle essentielle à la vie ouzbèque : ils n’auront aucun scrupule à ne pas respecter une file d’attente et à prendre votre place pour peu que vous ne soyez pas attentifs. Par extension, je dirais que la file d’attente est un concept encore obscur.  

En sueur, les nerfs malmenés, on aurait pu me donner un explosif, je l’aurais fait sauter avec moi cet aéroport de fou, ces monticules de bagages et ces papiers sortis d’un esprit technocrate tordu.

J’y appris une deuxième règle essentielle à la vie ouzbèque : le temps est relatif.

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About Amélie-Marie (177 Articles)
C'est en 2007 que j'ai pour la première fois posé le pied au Japon. Depuis, je n'en suis jamais tout à fait rentrée. Amoureuse de l'archipel, mais aussi des voyages, j'aime écrire à propos des mes expériences de vie, des autres cultures que je croise. Je travaille depuis 2015 pour Coto Academy, une école de langue de japonais et Coto Work, une agence de recrutement sur Tokyo.

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